Les syndicats genevois se dotent d’une Charte d’investissement responsable

La CGAS a adopté une charte dans le but de réduire drastiquement les investissements fossiles des caisses de pension

Fin mars, la Communauté genevoise d’action syndicale (CGAS) a validé à l’unanimité une Charte d’investissement responsable. Celle-ci décrit les principes et les règles devant orienter les délégués du personnel dans les institutions de prévoyance professionnelle lors des décisions d’investissement. Pour la CGAS, les caisses de pension doivent «être garantes de la préservation et de la croissance des biens des assurés tout en minimisant les risques», et en promouvant «une économie équitable et durable». La charte souligne l’importance des responsabilités environnementales, sociales et de gouvernance. Dans ce cadre, des points d’exclusions éthiques sont ainsi mentionnés: «Les sociétés à éviter sont celles qui génèrent une part significative (plus de 1%) de leurs revenus de l’armement (civil ou militaire), de l’exploitation sexuelle, de la production ou de la commercialisation d’organismes génétiquement modifiés (OGM), des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz), du nucléaire, ainsi que d’activités spéculatives dans les domaines des matières premières et des denrées alimentaires, de l’éducation, de la santé ou qui mettent en péril la biodiversité ou produisent des dommages graves à l’environnement.» Et d’ajouter que les sociétés coupables d’atteintes graves aux droits humains et aux droits syndicaux sont à exclure des financements. Mais pourquoi pas 0% ? «L’analyse des portefeuilles est complexe. Et il y a toujours le risque d’une part résiduelle. Si on regarde certaines sociétés de conseil, le taux le plus bas proposé pour les exclusions est de 5%, nous sommes allés plus loin», explique Umberto Bandiera, secrétaire syndical d’Unia, l’une des chevilles ouvrières de cette charte.

Pour le climat

La charte demande ainsi aux représentants du personnel dans les caisses de pension, membres de syndicats affiliés à la CGAS, de promouvoir les investissements dans des sociétés qui offrent des solutions concrètes aux défis environnementaux et sociaux. Umberto Bandiera: «C’est un travail intersyndical rare, et nous avons l’espoir que cette démarche puisse se faire partout ailleurs. Cette charte vise à diriger des milliards de francs vers des secteurs écologiques et sociaux. C’est très ambitieux et cela fait déjà parler le monde financier qui profite des institutions de prévoyance pour l’enrichissement de quelques-uns. Si les syndicats peuvent reprendre les rênes de l’argent des caisses de pension, aujourd’hui aux mains des banques et des administrations, cela peut avoir un impact énorme!»

Mise en route fin 2017, cette charte rejoint les préoccupations des militants écologistes, dont les jeunes, qui appellent à une nouvelle grève le 24 mai prochain. «Au-delà des belles paroles – même le PLR se déclare Vert – cette charte propose des actions immédiates et concrètes. A part quelques caisses publiques qui prennent des mesures pour des investissements éthiques, ailleurs c’est le silence radio», dénonce Umberto Bandiera. Le syndicaliste souligne aussi le besoin en formation des délégués, non pas seulement par les banques mais aussi par les syndicats, dans le domaine si complexe et opaque des investissements.

«Si les investissements dans les combustibles fossiles continuent, le réchauffement sera de plus de 6 degrés. C’est dramatique! Pendant des années, les multinationales ont pu détruire non seulement l’emploi, mais aussi la planète. Il est temps de faire notre autocritique – car nous avons laissé faire – et d’agir. La BNS déclare vouloir écologiser sa politique, mais quels sont réellement ses investissements dans les énergies renouvelables? Et ne continue-t-elle pas à soutenir des projets qui renforcent le réchauffement climatique?»

La charte: cgas.ch