"Les travailleurs se retrouvent dans des situations financières très compliquées"

Site de Lamina Techologies SA.
© Thierry Porchet

Après un sursis concordataire fantôme l’entreprise, située sur le site technologique d’Y-Parc à Yverdon-les-Bains, devrait être mise en faillite sous peu.

 

Les quelque 50 employés de Lamina Technologies SA à Yverdon-les-Bains n’ont pas reçu de salaire depuis le mois de juillet

Ni les banques, ni les actionnaires n’auront souhaité s’engager pour maintenir les emplois de Lamina Technologies SA. Cette entreprise israélienne qui produit des plaquettes destinées aux outils de fraisage et de tournage, basée à Yverdon-les-Bains depuis 2002, devrait voir sa mise en faillite prononcée dans les heures ou les jours qui arrivent, selon nos informations. Une audience au tribunal le 23 septembre a laissé entendre que c’était la seule issue possible, les investisseurs refusant de réinjecter des fonds pour la maintenir à flot. La sentence officielle du juge devrait être publiée rapidement.

Comment en est-on arrivé là? La situation de Lamina était déjà fragile en 2019, la faute à un mauvais management d’après les travailleurs. L’entreprise est rachetée par le groupe Triton en 2020, mais ce dernier, en raison de la gestion douteuse antécédente et des procédures pénales en cours, ne parvient pas à relancer la machine. Les paiements commencent à tarder, notamment les factures d’énergie dues à la Ville. En juin dernier, les créanciers, dont les banques BCV, UBS et Credit Suisse, négocient la poursuite de l’activité avec le groupe Triton. La première, à l’incompréhension générale, se retire des négociations et les fait échouer. Fin juillet, face à cette situation de surendettement, le bilan est déposé. «Avec grande stupéfaction, fin août, un sursis concordataire est demandé par la même banque qui n’a rien entrepris pour laisser une dernière chance à l’entreprise, s’étonne Nicole Vassalli, secrétaire syndicale d’Unia en charge du dossier. Dans ce contexte, la demande faite par la BCV est incompréhensible.»

Pas de salaire

De leur côté, les employés ont reçu leur dernier salaire le 30 juin. Le syndicat Unia, qui les accompagne sur ce dossier, leur conseille de résilier leur contrat de travail pour conserver leurs droits, notamment l’accès rapide au chômage.

«Les employés sont en grande difficulté financière, rapporte la secrétaire syndicale. Ils gagnent souvent moins de 4000 francs net par mois et n’ont pas d’économies dans lesquelles puiser. Ce sursis laissait penser qu’il y avait un intérêt pour sauver l’entreprise. Le comportement des différents acteurs, qui ont maintenu les travailleurs dans le flou et l’espoir, n’est pas acceptable.»

Point mort

En effet, un mois après la demande de sursis concordataire, rien n’a bougé, et la faillite est sur le point d’être actée. La question qui reste sans véritable réponse est: pourquoi avoir demandé un tel sursis si, depuis le début, personne ne voulait vraiment investir dans Lamina pour la sauver? L’incompréhension et la déception restent entières pour les employés et leur syndicat. «Nous sommes très en colère, car des travailleurs et leurs familles en paient les pots cassés.»