Ligne à ne pas franchir!

longue banderole déroulée sur le sol tel un tapis rouge
© Neil Labrador

Une longue banderole a été déployée mercredi passé sous les fenêtres du Conseil fédéral pour l’inviter à ne pas franchir la «ligne rouge» lors des discussions sur l’accord-cadre avec l’Union européenne

Une banderole géante, déroulée sous les fenêtres du Palais fédéral à Berne. Sur le tissu rouge, une inscription en trois langues: «Nous défendons les salaires et les conditions de travail». Unia et les autres syndicats de l’Union syndicale suisse (USS) avaient choisi le mercredi 5 septembre pour mener cette action afin de rappeler au Conseil fédéral la «ligne rouge» à ne pas franchir dans les discussions sur l’accord-cadre institutionnel avec l’Union européenne (UE), celle de la protection des travailleurs et des mesures d’accompagnement. Le gouvernement devait débattre ce jour-là des relations avec l’UE.

Quelque 200 militants et syndicalistes s’étaient déplacés pour porter cette longue banderole. Au nom des salariés, ils ont remis une lettre ouverte au Conseil fédéral. Cette dernière affirme: «Les mesures d’accompagnement et le système des conventions collectives de travail de force obligatoire doivent être améliorés de toute urgence. Ceci pour tous les salariés et sans discriminations!» Unia avertit: si la protection des salaires est affaiblie, ou si des travailleurs d’origines différentes sont dressés les uns contre les autres, le niveau des salaires baissera pour tout le monde. Raison pour laquelle les salariés s’indignent face à la remise en cause de la ligne rouge par les conseillers fédéraux Ignazio Cassis et Johan Schneider-Ammann au début de l’été. Ils avaient accepté de rediscuter des mesures d’accompagnement dans le cadre des négociations sur l’accord-cadre avec l’UE, se pliant, comme l’explique l’USS, «aux vœux des tenants de la ligne dure du marché intérieur au sein de la Commission européenne». Situation qui avait poussé l’USS à rompre tout dialogue et à annoncer, le 8 août, sa non-participation aux négociations prévues sur la questions au sein du Département de l’économie.

Protections à renforcer

«Les travailleurs et travailleuses réaffirment qu’ils ne négocieront pas sur le démantèlement de la protection des salaires. Ils exigent que le Conseil fédéral respecte la “ligne rouge” qu’il a lui-même confirmée à plusieurs reprises et, ainsi que cela a toujours été promis, ne les soumette pas à l’accord-cadre», a rappellé l’USS le jour de l’action. Pour la faîtière syndicale, la Suisse, située au centre de l’Europe, «a besoin de relations stables et bonnes avec l’UE et qu’à cet effet, une protection efficace et autonome des salaires et des conditions de travail est nécessaire.» L’USS rappelle aussi le principe «en Suisse on doit verser des salaires suisses» qui a sous-tendu le processus de mise en place de la libre circulation. «Pour atteindre cet objectif, les mesures d’accompagnement doivent être continuellement adaptées aux nouveaux défis et renforcées, mais pas démantelées. Elles resteront la clé du succès des accords bilatéraux seulement si la Suisse comble par elle-même les lacunes existantes.»

Il faut plus de droits

Un objectif partagé par Vania Alleva, présidente d’Unia, qui a déclaré, lors de sa prise de parole devant le Palais fédéral: «Il faut davantage de droits en faveur des salariés et pas moins. Le Conseil fédéral a déclaré que les mesures d’accompagnement constituent une ligne rouge non négociable. Il doit impérativement s’y tenir!» Et d’évoquer, comme mesures pour protéger efficacement les salaires et les conditions de travail sur un marché sous pression, des salaires minimums légaux dans les cantons, une meilleure protection contre le licenciement, une limitation du travail précaire, des registres professionnels et des salaires permettant des contrôles efficaces.

Selon le porte-parole du Conseil fédéral, interrogé par l’ATS, le gouvernement s’est bien penché ce 5 septembre sur le dossier européen mais n’a encore rien décidé. Ignazio Cassis projetait d’y présenter un projet d’accord «light», remettant à plus tard les questions qui fâchent, notamment celle de la question de la libre circulation. A suivre.