L’USS exige 2% de hausse générale des salaires, et plus pour les femmes!

Grève des femmes du 14 juin à Neuchâtel. Pancarte réclamant l'égalité salariale.
© Neil Labrador

L’égalité salariale était au cœur de la grève des femmes du 14 juin comme ici à Neuchâtel. Les syndicats vont poursuivre la lutte et demandent, en vue des négociations qui débuteront cet automne, une hausse supplémentaire pour les femmes. Chaque mois, elles gagnent en moyenne 657 francs de moins que les hommes.

Pour relancer la consommation, les syndicats suisses préconisent une hausse des salaires, et un rattrapage du retard salarial dont sont victimes les femmes. Aperçu des revendications par branche

Qu’on se le dise, l’économie suisse se porte bien. Lors de sa conférence de presse annuelle sur les revendications salariales, l’Union syndicale suisse (USS) a rappelé que celle-ci avait connu une nette croissance au cours des trois dernières années. A l’inverse, les salaires réels, eux, ont reculé de 0,6%. Par conséquent, depuis 2015, la consommation par habitant (hors dépenses de santé) affiche une baisse réelle d’environ 0,7%. Une situation «injuste» selon les syndicats suisses, qui «met de plus en plus en péril le développement économique dans notre pays». Cela dit, des solutions existent, notamment la hausse des salaires.

«Dans un pays qui a connu ces deux dernières années une croissance économique forte, des marges bénéficiaires élevées pour les entreprises, un chômage modéré, des comptes publics nettement excédentaires et des salaires réels en régression, il existe des marges de manœuvre pour augmenter les salaires», constate Pierre-Yves Maillard, président de l’USS. Dans ce cadre, ce dernier a tenu à souligner l’importance des conventions collectives de travail et des instruments du partenariat social. «Si tout le monde reconnaît que le seul moyen de relancer durablement l’économie, c’est de redistribuer du pouvoir d’achat à la population, il faut des instruments de négociation collective à grande échelle pour le réaliser, poursuit le syndicaliste. Aucune entreprise isolée, même la plus grande, ne va prendre individuellement à sa charge une telle responsabilité macroéconomique. Seules des branches organisées peuvent le faire. C’est pourquoi, il faut défendre et développer les instruments du partenariat social, les mesures d’accompagnement à la libre circulation et la régulation de la politique salariale.»

Si les rumeurs de récession économique et de crise internationale à venir sèment la peur dans les milieux économiques, l’USS est formelle: en Suisse, tout va bien. «La situation des affaires est bonne dans presque toutes les branches ou, pour le moins, satisfaisante», assure Daniel Lampart, premier secrétaire de l’USS. «Les enquêtes du Centre de recherches conjoncturelles de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich le montrent. Les entreprises gagnent de l’argent, en particulier dans le secteur financier et dans la construction. Même dans l’hôtellerie, la restauration et certaines parties du commerce de détail, les choses vont mieux.» Pour les salariés, la charge de travail s’est accrue, mais rien ne s’est passé au niveau des salaires.

Revendication justifiée

C’est pourquoi les syndicats demandent des hausses salariales de 2%. «Ces hausses doivent être générales, c’est-à-dire concerner l’ensemble du personnel des entreprises», insiste l’économiste. Les syndicats justifient le montant de 2%, rappelant que ces augmentations substantielles des salaires réels ne sont pas seulement dans l’intérêt des employés, mais aussi de l’ensemble de l’économie suisse. «Le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) s’attend à un renchérissement de 0,6% en 2019, mais il n’inclut pas l’augmentation des primes d’assurance maladie. Une telle augmentation des salaires permettrait aux employés d’obtenir une hausse réelle de revenu de l’ordre de 1%. Si l’on considère qu’en 2017 et 2018, les salariés ont dû accepter une baisse du salaire réel, qui doit être compensée, on arrive à une augmentation de salaire de 0,33% par an; y compris 2019. Une augmentation générale des salaires de 2% n’est donc pas une revendication exagérée: elle correspond simplement à un ajustement modéré des rémunérations.»

Selon Daniel Münger, président de Syndicom, cet effort est à la portée des entreprises des branches Logistique, Médias et TIC (Technologie de l’information et de la communication) tels que La Poste, Swisscom, Salt, Ringier ou encore Tamedia, et ce malgré la baisse continue de la publicité dans les médias imprimés et la délocalisation accrue des travaux d’impression à l’étranger.

Plus pour les femmes

A la suite de la grève des femmes du 14 juin dernier qui a mobilisé plus de 500000 personnes dans toute la Suisse, les organisations syndicales sont déterminées à poursuivre la lutte. «La scandaleuse discrimination salariale des femmes nécessite des mesures supplémentaires», indique Vania Alleva, présidente d’Unia. C’est pourquoi le syndicat exige pour l’année 2020 une hausse générale des salaires d’au moins 2% pour toutes et tous, et au moins 50 francs supplémentaires pour les femmes. «Elles gagnent en moyenne 657 francs de moins par mois que les hommes, ajoute la syndicaliste. Cela a des conséquences: plus d’une femme sur six doit s’en sortir avec un bas salaire qui suffit à peine pour vivre. A cela s’ajoute que les femmes effectuent la plus grande partie des tâches non rémunérée et travaillent à temps partiel.» Moins d’argent, moins de perspectives, moins de pouvoir, telle est la réalité de la plupart des femmes. A noter qu’Unia en demandera plus aux entreprises qui versent des salaires féminins particulièrement bas. «Par ailleurs, nous exigeons des contrôles systématiques des salaires dans toutes les entreprises et des mesures efficaces pour éliminer sans délai la discrimination salariale», termine Vania Alleva.

De son côté, Syndicom exige que les entreprises instituent un point de contact au sein de l’entreprise où les employés peuvent faire vérifier s’ils subissent une inégalité salariale. La Poste, notamment, mettra en place une telle instance. «Car malgré les mesures déjà prises, telles que la publication de tableaux de salaires équitables, la transparence salariale reste très difficile pour établir des comparaisons salariales en Suisse», termine son président.

Aperçu des revendications salariales pour les branches d’Unia

  • Toutes les branches: au moins +2% pour toutes et tous, et au moins 50 francs supplémentaires pour toutes les femmes.
  • Second œuvre: +2% et augmentation des salaires minimums de 2%.
  • Commerce de détail: +2% à titre général.
  • Coop: +2% pour toutes et tous, une analyse des salaires et un plan directeur transparent avec les moyens supplémentaires nécessaires pour corriger les inégalités salariales entre les hommes et les femmes.
  • Shops de stations-service: +150 francs sur tous les salaires minimums et introduction d’un salaire minimum au Tessin.
  • Branche de la coiffure: introduction progressive d’un 13e salaire.
  • Hôtellerie-restauration: +2% sur tous les salaires minimums.
  • Industrie agroalimentaire et industrie MEM: +120 francs ou +2%, et 200 francs en plus pour toutes les femmes avec un salaire inférieur à 4000 francs.
  • Chimie/Pharma: 120 francs (x13) à titre général ou 2% à titre général, augmentation supplémentaire de 200 francs (x13) pour les femmes, augmentation des salaires des apprentis de 100 francs (x13).