L’USS veut redonner du pouvoir d’achat aux Suisses

Les syndicats proposent un train de mesures pour faire face au recul des salaires réels

Nous l’évoquions dans notre dernière édition: les Suisses ont un gros problème de pouvoir d’achat et l’Union syndicale suisse (USS) a tiré la sonnette d’alarme lors d’une conférence de presse tenue à la mi-novembre.

Les salaires font en effet du surplace, alors même que l’économie se porte mieux après les années difficiles du franc fort. Les salaires nominaux n’ont ainsi augmenté dans l’ensemble de l’économie que de 0,5% en 2018, selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique. Tandis que le taux d’inflation atteignait 0,9%, le salaire réel, soit le revenu véritablement disponible, a baissé en moyenne de 0,4%. Il avait déjà diminué de 0,1% en 2017, année où la Suisse enregistrait sa première baisse. D’après l’USS, la situation ne devrait pas être plus rose en 2019 en raison de la progression minime des rémunérations, de la hausse des taxes, des redevances et des coûts de la santé.

Au cours des vingt dernières années, les primes d’assurance maladie ont augmenté de quelque 120%. Avec 40% d’augmentation seulement, les subsides maladie, eux, n’ont pas suivi cette courbe. En moyenne, les ménages modestes et moyens consacrent aujourd’hui près de 15% de leur salaire net aux primes. A cette dépense s’ajoutent les franchises, quotes-parts et médicaments non remboursés.

Les retraités et futurs retraités tirent aussi la langue. Depuis plusieurs années, les avoirs de la prévoyance vieillesse sont moins bien rémunérés et les rentes calculées sur ces avoirs diminuent. Les futurs retraités toucheront non seulement moins de rente du 2e pilier que leurs prédécesseurs, mais ils auront aussi cotisé plus. De son côté, l’AVS se porte mieux, mais les rentes de cette dernière stagnent. Pour 2019, elles n’ont été relevées que de 0,9%, ce qui ne suffit pas à absorber la hausse des primes maladie. D’année en année, les ménages de retraités ont de moins en moins d’argent pour vivre en raison de l’augmentation des coûts de la santé et sollicitent les prestations complémentaires. Ces aides sont accordées lorsque les rentes AVS et LPP ne suffisent plus à couvrir les besoins vitaux. Désormais, près d’un retraité sur dix en a besoin pour joindre les deux bouts.

Ce pouvoir d’achat en recul ne représente pas seulement un problème pour les ménages concernés, mais a aussi des répercussions sur l’économie. La consommation par habitant n’augmente plus que dans le secteur de la santé, depuis environ cinq ans, elle recule de plus en plus dans les secteurs des biens de consommation, ce qui explique une part significative des difficultés que rencontre le commerce de détail.

«Inédit, injustifié et inquiétant»

La croissance de notre produit intérieur brut (PIB) ne connaît pourtant pas la crise. Son taux s’est monté à 2,8% en 2018, il devrait atteindre 0,9% en 2019 et 1,9% en 2020, ce qui rend pour le moins anormal cet effritement du pouvoir d’achat. «C’est inédit, c’est injustifié et c’est inquiétant, quand on pense à ce qui pourrait se passer en cas de récession», a dit Pierre-Yves Maillard au cours de la conférence de presse. Pour le président de l’USS, ce manque de répartition des fruits de la croissance fragilise non seulement des pans de notre économie, mais menace aussi le consensus démocratique et le pacte social. «On le voit partout sur la planète et notre pays doit, lui aussi, être attentif», a souligné le Vaudois en rappelant que nous voterons en mai prochain sur l’initiative de l’UDC mettant fin à la voie bilatérale avec l’Union européenne: «Nous aurons à convaincre la population que notre modèle économique peut apporter de la sécurité sociale à tous.»

Contre la politique du pire, l’USS propose un train de mesures pour davantage de pouvoir d’achat et une Suisse plus sociale, qui passe par une hausse substantielle des rémunérations, une généralisation du 13e salaire, une extension des conventions collectives fixant des minimums salariaux, mais aussi la lutte contre la discrimination salariale des femmes, le développement des structures d’accueil des enfants, l’augmentation des allocations familiales et la limitation à 10% du revenu disponible de la charge représentée par les primes maladie. Enfin, la faîtière syndicale demande une amélioration du rapport coût-prestations dans le 2e pilier, qu’une partie des bénéfices de la Banque nationale soit redistribuée à l’AVS et que celle-ci délivre une 13e rente mensuelle. Sur ce dernier point, l’USS a décidé de lancer une initiative en 2020 (voir ici).

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