«McDonald's doit renoncer à coopérer avec Uber Eats!»

Avec leur action du 22 novembre, ici près du McDonald’s de la rue du Mont-Blanc à Genève, Unia et d’autres syndicats ont demandé à la société de ne pas travailler en partenariat avec Uber Eats.
© Neil Labrador

Avec leur action du 22 novembre, ici près du McDonald’s de la rue du Mont-Blanc à Genève, Unia et d’autres syndicats ont demandé à la société de ne pas travailler en partenariat avec Uber Eats.

Les syndicats appellent la chaîne de fast-food No 1 en Suisse à employer ses propres coursiers afin que ceux-ci bénéficient de conditions de travail dignes de ce nom

Dans notre dernière édition, nous annoncions l'arrivée d'Uber Eats en Suisse, le service de livraison de repas à domicile à la sauce Uber. Le responsable de cette société, Stéphane Ficaja, en charge du suivi des activités en France, en Belgique et en Suisse, a annoncé la volonté de lancer à Genève un partenariat avec McDonald’s, à l’image de ce qu’il se fait déjà ailleurs. Une nouvelle inattendue, alors que McDonald's assurait dans les colonnes de 24heures en 2017 qu'il était hors de question de «lier ses produits à des services de livraison externes». 

«Ce changement de stratégie soulève énormément de questions», a commenté Umberto Bandiera, responsable romand de la branche Transport et Logistique pour Unia, lors d'une action de protestation à Genève le 22 novembre, alors qu’une autre action se tenait au même moment à Berne. D'autant que, depuis quelques mois, une autre plateforme numérique du nom de «2yourdoor» propose aux clients genevois de se faire livrer les repas du géant américain par des coursiers. «La livraison à domicile est un business très juteux avec un énorme potentiel, a-t-il poursuivi. Mais nous ne pouvons pas tolérer que des grands groupes en bonne santé économique échappent aux obligations conventionnelles et préfèrent la voie de la précarisation des travailleurs et du dumping. Nous leur demandons de respecter les règles du jeu: s'ils pensent pouvoir se faire encore plus d'argent sur le dos des travailleurs, ils se sont trompés, et nous sommes là pour le leur rappeler.» 

En effet, le modèle commercial d'Uber Eats, à l'image de celui d'Uber, consiste à recourir à de faux indépendants payés mincement et sans couverture sociale ni assurance accidents. C'est pourquoi Unia, le Sit, Syna, Syndicom et l'alliance Fairlog demandent instamment à McDonald's de faire marche arrière et d'employer ses propres coursiers afin qu'ils soient protégés par la Convention collective nationale de travail de l'hôtellerie-restauration (CCNT). De la même manière, ils demandent à Uber Eats d'engager les coursiers dans les règles, en respectant notamment les dispositions de la branche en vigueur. Pour rappel, le groupe McDonald's en Suisse, c'est 167 restaurants, plus de 7000 employés et environ 725 millions de francs de chiffre d'affaires l'an dernier. «Cette externalisation est clairement injustifiée», souligne le syndicaliste. 

Interpellées, les autorités fédérales et genevoises n'ont toujours pas réagi. Pour rappel, les syndicats ont proposé au Département de l'économie de créer une tas force nationale ayant pour mission de développer des mesures efficaces pour protéger les salariés d'entreprises de plateforme. «Quant au conseiller d'Etat Mauro Poggia, il doit respecter son obligation de surveiller le marché de l'emploi genevois», conclut Umberto Bandiera.