Mieux que rien

Dans un peu plus de deux semaines, les électeurs seront appelés aux urnes pour se prononcer sur l’entrée en vigueur en Suisse d’un congé paternité. Rappelons-en les grandes lignes: deux semaines à prendre par le jeune papa dans les six mois suivant la naissance. Une mesure financée, comme le congé maternité, de façon paritaire par les allocations pour perte de gain, avec donc un revenu moyen assuré à 80% pendant ces 14 jours. On ne va pas se mentir, le projet aurait pu, en 2020, être beaucoup plus ambitieux. Mais il faudra s’en contenter, en tout cas pour l’instant, c’est toujours mieux que rien. Comme disait l’autre: «Rome ne s’est pas faite en un jour»… Reste que la Suisse est à la traîne! En comparaison avec les autres pays de l’OCDE, en 2018, elle faisait partie des six pays à ne prévoir aucun congé rémunéré de paternité ou parental réservé aux pères. Alors qu’en Corée, on leur accorde 52 semaines, en France 28, en Suède 14, en Autriche 8 ou même une seule au Mexique ou en Turquie, chez nous, bien souvent, les papas doivent se contenter d’un seul jour lors de la naissance de leur bambin. Moins que pour un mariage ou un déménagement...

Difficile, dans ce contexte, de s’impliquer dans ce nouveau rôle de père. A peine le bébé arrivé qu’il est déjà l’heure pour le père de retourner au charbon, la tête ailleurs, et sans aucun doute, avec une efficacité moindre. Pendant ce temps, c’est maman qui va devoir tout prendre en main: nourrir ce petit être, le changer, l’endormir, le câliner, organiser sa chambre, mettre des rituels en place et gérer tout le reste du foyer. Malgré toute la bonne volonté des deux parents, l’absence du père – ou en tout cas sa non-présence au quotidien – le relayera au second plan, au poste d’assistant. C’est pourquoi le congé paternité est fondamental aujourd’hui. Pour une meilleure répartition des tâches au sein du foyer, notamment l’éducation des enfants, pour que les papas aient l’occasion de créer ce lien magique avec leur rejeton dès le début, et pour plus d’égalité entre les hommes et les femmes.

Alors, évidemment, ce n’est pas avec deux semaines qu’on atteindra cet objectif. Faut pas rêver! Cette première version du congé paternité s’apparentera plus à une brève immersion des pères dans le monde de la toute petite enfance. Mais c’est un bon premier pas. Qui devra servir de point de départ vers quelque chose de beaucoup plus audacieux: un congé parental digne de ce nom, de plusieurs mois, à répartir entre le père et la mère. Les générations de jeunes et futurs parents y sont prêtes. Fini le schéma de l’homme qui ramène l’argent à la maison pendant que sa femme s’occupe des gosses et du ménage. Les pères ont envie de s’impliquer davantage dans leur vie familiale, d’en être acteurs. A nous de leur en laisser la chance le 27 septembre prochain.