Migros restructure alors que le personnel est déjà sous stress

Entrée d'un magasin Migros.
© Thierry Porchet/archives

Outre les réductions de postes, Migros procède aussi à l’élagage en se séparant d’enseignes du groupe comme Globus ou Interio avec, comme conséquence, la sortie de nombreux salariés de la protection de la Convention collective nationale de travail du géant orange.

La direction de la coopérative Migros Aar a annoncé la suppression de 300 postes de travail. Dans d’autres coopératives, des réductions d’emplois ont déjà été engagées

Trois cent postes de travail supprimés, soit 2,5% du personnel, durant les 24 prochains mois. C’est la stratégie «d’avenir» de Migros Aar, la plus grande des dix coopératives du pays. Elle couvre les cantons de Berne, de Soleure et d’Argovie et compte quelque 12000 employés. L’annonce de cette vaste restructuration a suscité la colère d’Unia qui, dans un communiqué, exige qu’il n’y ait aucun licenciement. Si la direction dit vouloir, dans la mesure du possible, réduire les emplois au gré des départs naturels ou des transferts internes, elle a d’ores et déjà prononcé 20 licenciements pour la fin octobre à la centrale de distribution de Schönbühl près de Berne.

Personnel sous pression

«Le principal argument de Migros est qu’ils veulent rester concurrentiels. Or, l’année dernière, Migros Aar a augmenté son bénéfice de 15% par rapport à 2017. Ce dernier s’est élevé à 36 millions de francs. Nous estimons que l’entreprise a suffisamment de marge pour investir dans des projets d’avenir et rester performante sans le faire sur le dos du personnel», relève Anne Rubin, membre de la direction du secteur tertiaire à Unia. Dernièrement, informe-t-elle, le syndicat a effectué un sondage auprès de ses membres travaillant pour Migros. Ce baromètre des préoccupations montre que celle venant en tête est le manque de personnel. «Migros densifie de plus en plus le travail. A Genève par exemple, les absences ne sont pas remplacées, les personnes qui partent non plus. Les salariés sont déjà extrêmement sous pression. Toute suppression de poste a une très grande influence sur la pénibilité du travail.» La responsable syndicale s’indigne aussi que Migros Aar se félicite d’avoir mis sur pied, avec les partenaires sociaux, un plan social volontaire. Or c’est une obligation légale et conventionnelle et, en matière de partenariat social, les syndicats sont tout bonnement exclus de tout dialogue avec Migros depuis des années…

Le géant orange procède actuellement à une vaste restructuration. «L’année dernière, Fabrice Zumbrunnen, le nouveau président général de Migros, avait annoncé vouloir liquider des centaines de postes de travail», relate Anne Rubin. Une perspective qui s’est traduite en juin 2018 par l’annonce de la suppression de 290 emplois dans les services administratifs centraux de Zurich. Et cet été, celle de 90 postes en Suisse orientale, dont certains par licenciements, ainsi qu’une quarantaine d’autres à Migros Zurich.

Sortir les employés de la CCNT

A cette compression du personnel s’ajoute une stratégie d’élagage de Migros, qui se sépare de certaines enseignes, comme Globus, Interio ou m-way, ou externalise des services, tels que celui des démonstrateurs passés chez TMI en début d’année. «Nous constatons que de plus en plus d’employés sont exclus de la protection de la Convention collective nationale de travail (CCNT) Migros. Nous venons par exemple d’apprendre qu’à Soleure, un magasin M-Electronics sera transformé en Digitec Galaxus, qui n’est pas soumis à la CCNT. Migros ouvre aussi davantage de franchises Voi ou de Partenaires Migros, comme elle vient de le faire à Echallens. Ces franchises lui permettent souvent, outre des conditions plus basses pour le personnel, de détourner les restrictions d’ouverture le soir et le dimanche.»

Premier magasin automatisé

Les installations de self-scanning dans les magasins Migros ont aussi une influence sur le personnel. Et l’enseigne fait office de pionnier en la matière: elle vient d’ouvrir le premier magasin sans caisse, à l’Université de Saint-Gall, haut lieu de formation de l’élite économique du pays… Pour l’heure, Unia dénonce le redimensionnement de Migros et demande au groupe de s’abstenir de réduire ses effectifs et de mieux protéger son personnel contre le stress.

Manor: 480 employés menacés de perdre leur emploi

Des licenciements massifs menacent les employés de Manor et des boutiques actives dans le grand magasin de la Bahnhofstrasse de Zurich. Manor a annoncé la semaine passée qu’il quitterait, en janvier 2020, l’immeuble loué à l’assureur Swiss Life, ce dernier exigeant un loyer bien plus élevé qu’actuellement. Une décision qui fait suite à une longue procédure juridique avec l’assureur, et à son refus de vendre l’immeuble au groupe Manor qui proposait de le racheter pour un montant de 535 millions de francs. Au total, 480 collaborateurs sont concernés: 290 employés de Manor et 190 salariés des boutiques de marques logées dans le grand magasin.

Unia a vivement réagi à cette annonce et exigé qu’il n’y ait aucun licenciement. Selon Anne Rubin, membre de la direction du secteur tertiaire du syndicat, comme seulement 90 postes sont vacants dans les seize filiales de la région de Zurich, il y aura un nombre important de licenciements. Et très peu d’employés peuvent envisager une pré-retraite en raison d’une structure d’âge plutôt jeune. On ne sait pas non plus ce qu’il adviendra des 190 collaborateurs des boutiques.» Unia exige qu’un plan social soit élaboré pour les salariés concernés. «D’autant que les liquidités existent, au vu des millions offerts pour le rachat de l’immeuble.»

Atteint lui aussi par les bouleversements touchant le commerce de détail, Manor aurait trop tardé à prendre le virage numérique. Un virage qui, selon Anne Rubin, peut être pris non pas en supprimant des postes de travail, mais en développant d’autres services et en mettant en valeur les qualifications du personnel. Ces dernières années, neuf filiales de Manor ont été fermées, et une seule ouverte. Plusieurs centaines de postes de travail ont déjà été supprimés.