Nestlé et Vevey

Il y a un mois, 24 heures a publié un article nuancé sur des «relations compliquées» entre Nestlé et la Municipalité de Vevey. A cette occasion, Yves Christen, ancien syndic, a évoqué ses bons contacts avec le directeur général, M. Maucher, et la participation financière de Nestlé à la réfection du Théâtre. Une autre «générosité» de Nestlé devrait être encore rappelée. Au Conseil communal, j’avais proposé que la Ville achète le tiers sud de la propriété Eiffel. La Municipalité de l’époque avait répondu non. Entre-temps, j’avais dénoncé publiquement «les déserts qui s’étendaient à Vevey comme au Sahel» lorsque Nestlé avait pris possession de cette propriété et coupé tous les arbres. De plus, comme Décroissance alternatives récemment, j’avais organisé une conférence au Touring, pour permettre à la Déclaration de Berne de nous expliquer pourquoi elle accusait Nestlé «de tuer les bébés». J’avais invité la direction à se faire représenter à cette conférence. Pas de réponse. Deux démarches qui auraient pu pousser les directeurs de la multinationale, et M. Maucher en particulier, à me fermer la porte.

Le jour où l’on m’a confié la direction des Travaux à la Municipalité, j’ai entrepris la démarche proposée quelques années plus tôt. J’ai repris contact avec M. Henry, directeur du Centre Nestlé, et, en quelques semaines, nous avons décidé de créer le petit parc public qui entoure le port Eiffel. Le syndic Chavannes a signé la demande officielle de la Ville. Le Conseil communal nous a suivis. Nous avons fait pour 300000 francs de travaux. Nestlé a offert à la Ville 3200 m2 de terrain au bord du lac, des mètres carrés payés bien cher aux descendants de l’ingénieur Eiffel. Cela représente une valeur inestimable si l’on entre dans la logique des transferts immobiliers privés, mais tant pour Nestlé que pour la commune, il s’agissait d’une logique d’intérêt public.

Il ne s’agit pas pour moi d’oublier que les collectivités publiques sont des nains à côté des entreprises multinationales. Ces dernières payent les impôts qu’elles veulent puisque qu’il ne nous est pas possible de vérifier les prix de transfert de groupes aussi puissants et présents dans tous les pays du monde. Il n’en reste pas moins que notre commune a une chance considérable d’abriter une telle entreprise pour le prestige que cela représente, pour le nombre de postes de travail, pour une somme d’impôts qui nous facilitent la vie et pour les impôts des employés qui, pour eux, sont basés sur leurs rémunérations.

Pierre Aguet, ancien municipal, Vevey.