Nom d’un pétard!

Etes-vous, par hasard, nés entre 1980 et 2000? Si oui, alors vous faites partie de la génération dite des «millennials», autrement dit du millénaire. Ça alors, hein? Comme ça, sans avoir rien demandé, pouf, vous voilà millennials. Y en a quand même qui ont de la chance, non? Pas avant de savoir ce qu’on gagne? Et donc ce que l’on perd d’être né en 1979 ou en 2001? Bien sûr, bien sûr… Eh bien voilà, disons, hum, que c’est un peu compliqué. Parce que selon un billet du blogue du Temps, un peu ancien – 2015, vous voyez si ça date, à notre époque –, les millennials sont une génération qui échappe aux catégories. Je cite le blogue du Temps, parce que moi, je suis un peu largué dans ce genre de modernité. Comme Hans Im Obersteg (HIO), de la Manip (Mission d’action novatrice de l’industrie privée), quoi. En bout de course, mais pas encore bon pour la casse… Nés avant l’ordinateur, tu vois le topo! Spécialistes du Tipp-Ex, du stencil et du duplicateur. Ça craint.

Mais revenons à nos millennials, qui échappent aux catégories, enfin pas complètement quand même puisque l’on en a fait la catégorie de ceux qui échappent aux catégories. Ils sont là où on ne les attend pas et pas là où on les attend. Bref, ils mutent constamment et rapidement. Sauf sur un point: ce sont des digital natives. Ça se dit «digiteul nataïvze», et c’est pas franchement élégant, mais bon, faut ce qui faut pour avoir l’air up-to-date, voire carrément trendy, soit vachement in comme on disait il y a fort longtemps. Et qu’est-ce que donc un digital native? Ben c’est quelqu’un qui est né avec un smartphone collé à l’oreille et une tablette entre ses petites mimines. Connecté dès le premier jour, biberonné aux GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) et élevé au numérique à haute dose.

Trente ans plus tard, on peut vous dire que c’est une ca-ta-strophe. Majuscule et soulignée, la cata. Figurez-vous que ces jeunes morveux et morveuses, une fois devenus grands, sont restés accros aux GAFAM et qu’ils et elles continuent à pianoter comme des malades, même quand ils ne devraient pas. Résultat: la productivité pique du nez et leur QI s’écrase! Ah, là, là, c’est du beau! Selon une note de Bank Underground, un blogue rédigé par des collaborateurs de la Banque d’Angleterre (Happy Birthday to the Queen!), on perdrait environ une heure de travail par jour à errer sur les réseaux sociaux. Et près de deux heures pour les millennials. Oh, les glandeurs! Oh, les feignasses! Ça devait sauver le monde, trouver les solutions de demain, booster la croissance et ça se promène, mine de rien, sur les réseaux, tout en faisant semblant de bosser! Comme ces gens sont distraits, ils peinent à se reconcentrer. Du coup, ça rajoute vingt-cinq minutes de perdues, le temps de retrouver son efficacité antérieure. Et voilà comment on se moque des générations précédentes! De celle de M. Frederick Winslow Taylor, inventeur de la prétendue organisation scientifique du travail et du management moderne, qui passa sa vie à combattre la flânerie de l’ouvrier au travail. Il inspira, entre autres Henri Ford, l’industriel de l’automobile, un peu nazi et passablement antisémite, mais enfin nobody is perfect, comme ils disent à Detroit.

Non contents de tirer la langue au taylorisme et au fordisme, les millennials font encore pire. Selon une étude citée par la journaliste Christine Rosen, du New Atlantis, un journal américain traitant des relations entre les technologies et la société, les interruptions provoquées par les appels téléphoniques intempestifs et la consultation trop fréquente des mails et des notifications provoqueraient une baisse du quotient intellectuel (QI). De combien cette baisse? Alors, là, attention, tenez-vous bien: deux fois plus forte que celle observée chez certains fumeurs de marijuana! Nom d’un pétard!

Vous voyez le tableau: vous entrez dans une banque et la conseillère ou le conseiller se montre aussi réactif que Doc Gynéco au sommet de sa gloire. Trois minutes pour vous expliquer qu’elle ou il vient de consulter son site Facebook et de répondre à deux ou trois messages. Trois minutes de plus pour ôter son bonnet rasta virtuel et vous voilà enfin servi.

Mais ce n’est plus de la flânerie, c’est un vrai sabotage économique de dimension mondiale… Pendant que M. Mark Zuckerberg se démène pour expliquer comment les as du réseau social de Facebook n’avaient aucune idée de ce qui se passait avec les données une fois qu’elle quittait les serveurs – on ne rit pas, je vous en prie –, voilà comment ses enfants le remercient, lui et ses fourbes copains des GAFAM: en ramenant leur QI au niveau des chaussettes et en calant leur productivité sur celle d’un paresseux tridactyle d’Amérique centrale! Animal au demeurant fort sympathique.

Bon, mais n’ayez crainte, ça va bientôt changer. Pour faire oublier ses errements passés, Facebook s’apprête à lancer un site de rencontres, pour faciliter des relations authentiques et durables, dit-il. Attention à la chute de QI!