Parascolaire: une grève historique

Du jamais vu à Lausanne depuis des lustres! La manifestation qui a clos la journée de grève et d’action du personnel du parascolaire du canton de Vaud a rassemblé plus de 8000 personnes le mardi 13 novembre dernier. De nombreux parents sont venus apporter leur soutien à la lutte des éducatrices qui se battent contre des mesures inacceptables et à risque pour les enfants. 
Neil Labrador

Du jamais vu à Lausanne depuis des lustres! La manifestation qui a clos la journée de grève et d’action du personnel du parascolaire du canton de Vaud a rassemblé plus de 8000 personnes le mardi 13 novembre dernier. De nombreux parents sont venus apporter leur soutien à la lutte des éducatrices qui se battent contre des mesures inacceptables et à risque pour les enfants. 

Plus de 8000 personnes ont manifesté contre le démantèlement des conditions d’accueil des écoliers vaudois.

Plus de 8000 manifestants, personnel vaudois du parascolaire, parents et enfants, ont défilé à Lausanne le 13 novembre. «Grève, grève et manifestation! Pour nos enfants, on veut des solutions!» Une mobilisation inédite pour faire face aux attaques de l’Etablissement intercommunal pour l’accueil parascolaire primaire (EIAP) contre les conditions d’accueil des 4 à 12 ans. «EIAP, t’es foutu, l’enfance est dans la rue», lance un petit garçon au micro avant que le cortège ne s’ébranle, les pancartes brandies: «L’argent est plus important que l’avenir de nos enfants?», «Vaud: cancre du parascolaire?», ou encore «2m2par enfant, 5m2pour une poule bio!». Des conditions actuelles qui pourraient être encore dégradées dès le 1erjanvier 2019 par l’augmentation des effectifs voulue par l’EIAP en charge du parascolaire dans le canton de Vaud. 

La mobilisation a commencé dès le matin dans de nombreux centres de vie enfantine en grève ou dès l’après-midi notamment dans les APEMS (Accueil pour enfants en milieu scolaire) à Lausanne. Une première dans la profession. 

Plusieurs mesures contre les conditions de travail et d’accueil décidées par l’EIAP ont mis le feu aux poudres: l’augmentation du nombre d’enfants par éducateur, passant de 12 à 15 élèves (pour les 6 à 10 ans) et de 15 à 18 (pour les 10 à 12 ans); et la diminution de l’effectif de professionnels formés, notamment.

L’EIAP avance, quant à elle, des arguments économiques et souhaite offrir davantage de souplesse aux communes. «Pourtant aucun chiffre n’est avancé par l’EIAP, et les solutions proposées semblent, au contraire, de nature à faire croître les coûts (personnel encadrant, turn over, etc.). Cette révision à la baisse des standards d’accueil engendre une dynamique de déprofessionnalisation du secteur», rétorque l’association Avenir social et le SSP, représentants du personnel éducatif, dans un communiqué. Les soutiens sont nombreux dans le canton: enseignants (SPV), parents (APE), Insieme Vaud (association de parents de personnes handicapées), pédiatres vaudois, Parti socialiste, Verts, Solidarités et POP, entre autres. 

Pour le bien-être des enfants

Dans le cortège qui sillonne la ville, Marion, éducatrice depuis vingt ans, souligne: «Nous manifestons surtout pour les enfants. L’EIAP veut clairement baisser la qualité de l’accueil, alors que la prise en charge se complexifie. Nous ne faisons pas du gardiennage. Nous voulons être à l’écoute des enfants pour leur permettre de bien grandir. Le bon développement de l’enfant se joue aussi au niveau du vivre ensemble. Comment peut-on faire des économies sur le dos des enfants?» Et d’ajouter: «Si les éducatrices n’avaient pas réagi, les parents n’auraient même pas été mis au courant. Alors qu’ils paient pour ces prestations! La transparence n’est pas là. Les parents sont avec nous ce soir.»

Un jeune papa, poignée de poussette dans une main, enfant dans l’autre, relève: «Ma femme m’a convaincu de venir. Et je suis content d’être là pour défendre les qualités de l’accueil.» A ses côtés, son épouse, ancienne éducatrice, lance: «J’ai arrêté, car les conditions de travail étaient trop dures. Déjà avec douze écoliers, c’est un cauchemar. Si les enfants vont bien, c’est facile, mais ce n’est jamais le cas. Mes anciennes camarades sont nombreuses à avoir quitté le métier, épuisées. En plus, comme c’est un métier féminin, il est dévalorisé: les salaires sont bas.»

«Qui va nous former? Quel avenir?» questionne une étudiante à la fin du cortège, devant la foule amassée sur la place de la Riponne. «Si vous trouvez que l’éducation coûte cher, essayer l’ignorance», renchérit l’un de ses camarades en citant Abraham Lincoln. «Afin d’éviter que l’IAPE continue de faire la sourde oreille, continuer à faire du bruit!» hurle Maria Pedrosa, secrétaire syndicale du SSP. 

L’EIAP campe sur ses positions

Malgré le tintamarre, l’EIAP n’a pas daigné ouvrir de négociations, ni même contacté directement les représentants du personnel. «Depuis quelques mois, nous sommes informés via les médias. Si dans 24 heures, l’EIAP a admis que sa communication n’était pas optimale, il ne fait toujours rien pour l’améliorer», tance Christine Guinard Dumas, secrétaire générale d’Avenir social Vaud (l’association professionnelle du travail social). «Nous leur avons écrit un message le lendemain de notre mobilisation, resté sans réponse jusqu’ici (vendredi, ndlr). Ils ne prennent pas en compte les 8000 personnes qui ont manifesté, ni les associations, pédiatres et partis qui soutiennent les éducatrices. C’est une problématique de société, car cela représente un incroyable retour en arrière. De nombreuses municipalités, dont Lausanne, s’organisent pour ne pas péjorer l’encadrement. On risque d’assister à un accueil à deux vitesses dans le canton. Et pour combien de temps?» D’autres questions sont toujours en suspens, dont notamment l’évaluation des économies pour les communes? Et la représentativité de l’EIAP, commission constituée de huit libéraux-radicaux et de deux socialistes? 

Une assemblée du personnel se tenait lundi soir au moment du bouclage de L’Evénement syndical pour décider de la suite de la mobilisation.