Parfum de soufre

«L’égalité salariale. Point final!» Voilà le slogan qui a fédéré, hier 1er Mai, plusieurs milliers de manifestants réunis dans différentes villes de Suisse pour célébrer la Journée internationale des travailleurs. Un mot d’ordre en écho à la désespérante réalité de salariées gagnant toujours quelque 600 francs de moins par mois que leurs homologues masculins. En parfaite violation de la Constitution et de la Loi sur l’égalité supposées pourtant garantir des rémunérations identiques pour un même travail depuis plusieurs décennies. Et alors que la révision en cours de la législation dans le domaine n’apporte à ce stade aucune amélioration réelle. Son contenu? Exiger des dirigeants d’entreprises comptant cent collaborateurs et plus de procéder à un autocontrôle et d’informer le personnel des résultats obtenus. Mais aucune correction exigée pour les contrevenants. Pas de sanctions prévues. Et zéro obligation pour les PME. Angélisme? Certainement pas. Plutôt la claire volonté de la majorité parlementaire bourgeoise de maintenir le statu quo. Eternel blanc-seing aux patrons qu’on ne voudrait appauvrir. Au mépris total des travailleuses pénalisées non seulement durant leur vie professionnelle mais aussi à l’âge de la retraite. Qui pourrait toujours intervenir un an plus tard. En dépit du clair rejet de PV2020. Guerre d’usure...

Largement consacré aux discriminations salariales, le 1er Mai a aussi rendu visibles d’autres luttes essentielles. Comme celle des maçons prêts à bagarrer ferme pour le renouvellement de leur Convention nationale. Mais pas question de signer à n’importe quel prix et perdre de leurs acquis. De céder aux honteuses velléités des entrepreneurs qui entendent rogner les salaires de certaines catégories d’employés. En clair, payer les nouveaux arrivés et les ouvriers âgés au rabais. Ces ouvriers usés qui, après une vie de labeur, sont jugés moins rentables. Et bons au rebut, remplacés par des temporaires. Pas question non plus de voir le système de la retraite anticipée démantelé. 60 ans, dans un job aussi pénible, c’est la limite pour poser les outils et jouir d’une rente qui ne saurait être rabotée...

D’autres thématiques cantonales ont aussi mobilisé les participants. Comme, à Genève, l’initiative pour un salaire minimal réclamant un plancher de 23 francs de l’heure. Une exigence justifiée. Dans la coûteuse ville du bout du lac, 30 000 personnes gagnent moins de 4000 francs par mois dont deux tiers de femmes. Trimer à plein temps sans parvenir à nouer les deux bouts: une injustice qui doit impérativement être corrigée. La défense des retraites des fonctionnaires à Fribourg, des conditions de travail du personnel hospitalier ou, de manière plus générale, les revendications pour une meilleure redistribution des richesses... ont aussi résonné au cœur des différents cortèges de ce 1er Mai combatif mais aussi festif. Avec des brins de muguet, traditionnels de cette Journée, sentant un rien le soufre entre les rumeurs de grève dans la construction et la mobilisation nationale pour l’égalité le 22 septembre prochain à Berne, avec des militantes résolues à en découdre...

 

Retour sur les manifestations du 1er Mai dans notre prochaine édition.