Du malheur de naître femme... 700 millions de filles mariées de force, le plus souvent avec des hommes qui pourraient être leur père, voire leur grand-père; 200 millions victimes de mutilations sexuelles avec les risques d’infections et de décès liés à ces actes barbares; 63 millions privées de scolarisation. Sans oublier les innombrables avortements à l’annonce de bébés de sexe féminin; les viols utilisés comme armes de guerre; les coups, contraintes sexuelles, abus qu’une femme sur trois a subis au moins une fois dans sa vie. Sachant également que la violence domestique rend malade et tue davantage les femmes âgées de 16 à 44 ans que le cancer, la malaria ou les accidents de la route... Quelques données et chiffres d’organisations internationales rappelant l’ampleur des discriminations qui frappent toujours une moitié de l’humanité. Une moitié d’humanité que l’on s’apprête à célébrer le 8 mars prochain, Journée internationale des femmes. L’occasion de se souvenir que, aux quatre coins de la planète, la violence et l’arbitraire auxquels trop souvent le sexe dit faible est soumis demeurent d’une désespérante actualité. Au nom de prétendues traditions, pratiques culturelles ou croyances religieuses. Parce que l’idée de domination, de supériorité masculine semble immuable, figée dans le béton de l’ignorance, de la force brute et probablement d’une certaine peur...

Plurielles, les injustices frappant les femmes s’immiscent dans toutes les strates de la société. En Suisse, elles s’expriment également sur le front des salaires. Avec des rémunérations des travailleuses qui demeurent toujours inférieures de 19,6% à celles de leurs homologues masculins malgré une Loi sur l’égalité récemment révisée. Un tigre de papier qui ne prévoit ni contrôle des entreprises ni sanctions des contrevenants. Moins payées, les femmes peinent aussi à accéder à des postes à responsabilités. On peut compter sur les doigts de quelques mains les courageuses qui parviennent à se hisser socialement. En politique, dans les directions d’entreprise, les conseils d’administration, les postes de cadre... les collaboratrices restent largement sous-représentées. Manque d’ambition argumenteront certains mâles préférant se cramponner à leurs clichés et à leurs prérogatives plutôt que de remettre en question un fonctionnement poussiéreux les privilégiant. A l’inverse, dans les métiers dits féminins, comprenez moins rémunérés, les femmes sont légion. Et alors que toutes assument encore généralement, en plus de leur travail, la garde des enfants, la majeure partie des tâches ménagères, les soins aux proches. Gratuitement. Au détriment de leur carrière. Et des rentes pour leurs vieux jours. Autant dire que, depuis l’inscription de l’égalité des sexes dans la Constitution en 1981 et l’entrée en vigueur de la loi y relative en 1996, le chemin parcouru n’a pas permis de réelles avancées. En Suisse comme ailleurs, une moitié de la population doit continuer à se battre pour des droits élémentaires à des échelles variables. De vertigineuses dans certaines régions du globe, où leur existence même en dépend, à plus accessibles. Une moitié de l’humanité doit défier déterminismes culturels, sociaux, stéréotypes et machisme. Prouver sa valeur dans un monde conjugué au masculin. Un combat sans trêve qui, dans nos frontières, poussera le 8 mars des femmes à se mobiliser et le 14 juin à faire grève. Avec, souhaitons-le, le soutien de leur alter ego mâle. Ni de Vénus ni de Mars. D’une seule et même Terre.