«Pas d’or-pillage en Guyane»

Le porte-parole du collectif Or de question, Patrick Monier, lors du contre-forum sur les matières premières, fin mars à Lausanne.
©Thierry Porchet

Le porte-parole du collectif Or de question, Patrick Monier, lors du contre-forum sur les matières premières, fin mars à Lausanne.

Un collectif se bat contre le projet minier Montagne d’or en Guyane, département français d’outre-mer, en Amazonie

Patrick Monier n’en est pas à sa première lutte écologique. En 2006, il a défendu la biodiversité de la région de Kaw en Guyane, département français d’outre-mer, contre un projet minier. Avec succès. Et a sauvé ainsi, avec ses camarades de lutte de l’association Maïouri Nature, les marais et son incroyable faune, tels les grands caïmans noirs.

Quelques années plus tard, c’est contre le projet Montagne d’or d’un consortium russo-canadien qu’il mène une nouvelle lutte avec le collectif Or de question. Entre deux réserves intégrales, au cœur de l’Amazonie guyanaise, le projet minier prévoit une fosse d’une circonférence de 2,5 kilomètres et de plus de 300 mètres de profondeur (équivalent à la taille de 32 stades de France), l’utilisation de 12000 tonnes de produits chimiques dont 3300 de cyanure (soit 10 tonnes par jour).

Des chiffres astronomiques pour une efficacité toute relative: environ 1,6 gramme d’or pourrait être extrait par tonne de roche broyée. Alors qu’une tonne de téléphones portables en contient 200 grammes!

Pour contrer le projet de la Montagne d’or, 34 associations guyanaises et 120 organisations internationales, une pétition contenant plus de 400000 signatures et une étude du WWF dénoncent les fausses promesses et les risques élevés. Preuve en est les ruptures de barrages de déchets miniers dans le pays voisin, le Brésil (L’ES du 3 avril). Selon le collectif Or de question, «300 millions de tonnes de déchets miniers toxiques seraient répandus sur 400 hectares, dont 57 millions de tonnes de boues cyanurées retenues par une digue de 59 mètres de haut».

Biodiversité en danger

«En cas de rupture, la boue toxique irait jusqu’à l’embouchure du fleuve Mana, là où pondent les tortues luths», a alerté Patrick Monier lors du contre-forum sur les matières premières à Lausanne fin mars. Une occasion de rappeler que la Suisse raffine environ 70% de l’or mondial, et que, si 8% de l’or extrait par an est utilisé dans la bijouterie, l’informatique, la nano-médecine ou encore les nouvelles technologies, 92% finit dans des banques. «Comme le demandait un cacique indien: pourquoi sortir l’or des entrailles de la terre pour le déposer dans des coffres-forts sous terre?» questionne le militant français. De surcroît au mépris de l’environnement et souvent des droits humains.

En Guyane, la Montagne d’or signifierait la construction d’une route à travers la forêt amazonienne et d’infrastructures (telles un port chimique à Saint-Laurent-du-Maroni et une centrale électrique) pour les besoins considérables en énergie, en transports et en eau de l’activité minière. Conséquences: les émissions de gaz à effet de serre en Guyane augmenteraient de 50% pendant les douze années prévues d’exploitation.

«Un débat public a eu lieu pendant deux mois. Plus de 70% de la population y est opposée. Plus largement, le GIEC (Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, ndlr) crie qu’il faut changer de comportement. Mais l’Etat français hésite encore!» dénonce Patrick Monier. L’argument de la création d’emplois est balayé par le WWF qui parle de mirage économique. En vertu des subventions prévues pour la mine, chaque poste de travail coûterait 560000 euros à l’Etat. Une hérésie qui fait partie des vingt raisons de dire «non» à la mine, compilées par le collectif Or de question, dans un document intitulé «Pas d’or-pillage en Guyane!», tout en proposant, a contrario, 25 filières d’avenir*. «Avec des graines, on peut faire de merveilleux bijoux», lance Patrick Monier tout en montrant sa main gauche: «Avec mon épouse, nous avons enlevé nos alliances en or.»

Une première victoire a été remportée en février dernier. Le juge administratif a donné raison à l’association Maïouri Nature, membre du collectif Or de question, qui dénonçait la compagnie minière d’avoir violé les dispositions du code de l’environnement relatives à l’étude d’impact. Patrick Monier se veut confiant: «Je pense qu’on va gagner, mais comme la volonté du gouvernement est de développer le secteur minier, d’autres compagnies attendent derrière.»

*ordequestion.org