Péril jaune

Taxes vertes. Dans Comment les riches détruisent la planète (Seuil, 2007), le journaliste français Hervé Kempf avait bien montré en quoi la dégradation de l’environnement est intimement liée à la crise sociale. Depuis les années 1980, la pauvreté ne recule plus en Occident et le nombre de personnes en situation de précarité ne cesse d’augmenter, tandis que ceux qui détiennent les leviers financiers, économiques, médiatiques et politiques accumulent revenus et patrimoine immodérés en promouvant un modèle de consommation à outrance, dévastateur pour la planète. Maintenant qu’on se rend compte qu’il y a péril en la demeure, sous couvert de «transition écologique», Emmanuel Macron, président des riches s’il en est, entend faire casquer les prolos qui ne sont pas encore équipés d’un vélo électrique ou d’une voiture hybride. Le sentiment d’injustice fiscale ne peut être qu’immense sachant qu’une partie seulement du produit des taxes sur les carburants ira réellement à la protection de l’environnement et que les friqués, de leur côté, ont bénéficié de gros cadeaux – la suppression de l’impôt sur la fortune et l’introduction du prélèvement forfaitaire unique. Plus riches que jamais, les bourgeois peuvent continuer à chauffer les bulles de leurs jacuzzis entre deux voyages en avion (sans payer là aucune taxe environnementale). 

Idées rouges. Dans ce contexte, le soulèvement des Gilets jaunes est salutaire. Bien sûr, il y a parmi eux des types d’extrême droite, des racistes, des homophobes, des sexistes… Malheureusement comme partout. Et des casseurs aussi. Cela n’enlève rien au caractère social, populaire et inédit d’un mouvement qui a réussi à unifier différentes catégories de Français et à placer au cœur de l’actualité la question du pouvoir d’achat. «C’est la France des invisibles qui est descendue dans la rue, celle qui peine à boucler ses fins de mois et survit au jour le jour, a relevé un éditorialiste de la webtélé Le Média, Serge Faubert. Ces laissés-pour-compte ont expérimenté un sentiment nouveau, celui d’être une force collective.» Cette expérience de la lutte est d’une extrême importance pour la suite des événements, car dresser des barrages sur les routes ne suffira pas. «Il n’y a qu’une solution», a martelé ces derniers jours dans les médias et sur les réseaux sociaux Jean-Pierre Mercier, délégué central CGT du groupe PSA, pour imposer des augmentations de salaires significatives, il faut que «l’ensemble des salariés deviennent les militants de leur propre fiche de paie» et «discutent entre eux comment démarrer un grand mouvement de grève».

Colère noire. Faute de jeter des ponts avec d’autres secteurs de lutte, le mouvement des Gilets jaunes devrait s’essouffler. «Il ne retombera qu’en apparence, prévient l’économiste Jacques Sapir sur son blog. La colère, et cette fois l’amertume, seront toujours là, n’attendant qu’un prétexte pour ressurgir et qu’une occasion, en particulier électorale, pour s’exprimer.»