Pour une sobriété heureuse

En plein été, la nouvelle sera peut-être passée inaperçue. Ou reléguée dans les oubliettes d’une période davantage dédiée à l’insouciance et au farniente qu’aux informations alarmistes. Et face auxquelles nous nous sentons souvent impuissants et, partant, quasi résignés. A tort... Donc, pour ceux qui auraient zappé, rappelons-le: depuis deux semaines, l’humanité vit à crédit. Le 1er août dernier, elle a déjà consommé toutes les ressources naturelles que peut produire la Terre en une année. Ses capacités de régénération se révèlent, pour 2018, tout bonnement épuisées. Le «jour de dépassement», comme l’a nommé le Global Footprint Network – l’Institut de recherches international mesurant notre empreinte écologique – intervient chaque année plus tôt. Le désespérant processus a démarré en 1970 et s’est emballé au rythme d’une croissance effrénée et particulièrement désastreuse pour l’environnement et la biodiversité. Avec les conséquences dramatiques vérifiées au quotidien: canicule, inondations, incendies, désertification... La boussole climatique n’a cessé de s’affoler sans que nous ayons pour autant changé de cap.

Concrètement, nous nous trouvons désormais en mode de surexploitation. Nous avons aujourd’hui d’ores et déjà rejeté dans l’atmosphère bien plus de CO2 que peuvent en absorber océans, forêts et plantes en un an. Nous avons pêché bien plus de poissons qu’autorise le renouvellement de leurs espèces. Nous avons abattu bien plus d’arbres que les forêts sont capables de nous offrir... En poursuivant sur cette lancée, il nous faudra pas moins de 1,7 planète pour maintenir notre mode de vie et assouvir une avidité dévastatrice et coupable pour les générations à venir. Alors même que les pays en voie de développement agissent encore pour l’instant comme «régulateurs». Dans la perspective où ils consommeraient autant que les autres Etats, plus de planètes seraient nécessaires. A titre d’exemple, la Suisse a, pour sa part, atteint la date fatidique de dépassement... le 7 mai! Si la population mondiale menait un train de vie similaire à celui helvétique, trois Terres seraient nécessaires... Et qui pourrait reprocher aux pauvres d’hier de vouloir consommer... ou gaspiller... autant que nous? Mais tout n’est pas perdu. A défaut de mesures étatiques contraignantes et coordonnées passant entre autres par l’abandon des énergies fossiles au profit de celles renouvelables, quelques gestes à la portée de chacun sont susceptibles de calmer le jeu. Et avec un réel effet, le consumérisme n’existant que parce qu’on y souscrit. On peut ainsi renoncer aux achats inutiles – comme le renouvellement de téléphones portables toujours en état de marche, terriblement gourmands en ressources. Lutter contre le gaspillage alimentaire – 30% des denrées des ménages suisses terminent à la poubelle. Réduire sa consommation de viande. Privilégier autant que possible le bio, la mobilité douce... Et goûter à cette salvatrice «sobriété heureuse» promue par l’essayiste Pierre Rabhi. De bien maigres sacrifices compte tenu des enjeux. Et un superflu dont on ne remarquera même pas la disparition...