Produits de beauté, à quel prix?

Chasse aux sorcières. Depuis le printemps, l’entreprise turque Kosan Kozmetik a licencié 124 employés sur les 400 qu’elle recense. Restructuration? Problèmes financiers? Soucis conjoncturels? Rien de tout ça. Les 124 travailleurs concernés, pour la plupart des femmes, ont simplement eu l’audace de se syndiquer pour faire valoir leurs droits! Et il y a de quoi faire en matière de conditions de travail indignes: salaires de misère, journées à rallonge, non-paiement des heures supplémentaires, non-paiement des heures de nuit mais aussi de nombreux problèmes liés à la santé et à la sécurité au travail. En janvier dernier, les employés demandent une augmentation de salaire bien méritée, 2017 ayant été une année record en termes de profits pour l’usine. Mais comme d’habitude, la direction leur fait de belles promesses, et repousse la récompense à l’année prochaine. C’en est trop. Las et en colère, le personnel commence à se tourner vers le syndicat Petrol-Is, affilié à Industriall Global Union, pour tenter de faire bouger les choses. La direction tentera tant bien que mal de faire pression sur ses collaborateurs, notamment en les intimidant. Tous ceux qui refuseront de renoncer à participer aux activités syndicales seront virés.

Double peine. Se syndiquer étant un droit reconnu par la Constitution turque, Kosan Kozmetik n’allait évidemment pas recourir officiellement aux licenciements pour cette raison. L’entreprise a donc saisi l’article 25/2 du Code du travail qui justifie un renvoi en cas de «conduites non conformes aux règles de la morale et de la bonne volonté au travail» pour contourner le problème. Ce comportement étant considéré comme une faute grave, la personne remerciée n’a droit ni aux indemnités, ni au chômage. Le plan machiavélique est en marche: en plongeant brutalement ces travailleurs dans la misère, la direction cherche à les empêcher de se mobiliser mais aussi à effrayer et à dissuader le personnel encore en place de suivre le mouvement.

Détermination. A voir la mobilisation sans faille de ces femmes devant l’usine à Gebze depuis la mi-mai, il est clair que le plan de l’entreprise prend l’eau. Elles sont là chaque jour pour demander leur réintégration, de meilleures conditions de travail et la reconnaissance de leur syndicat. Dans la Turquie conservatrice d’Erdogan, voir une telle détermination et une telle solidarité féminine est porteur d’espoir. Cela dit, certaines responsabilités dépassent les frontières turques. En effet, Kosan Kozmetikproduit pour l’enseigne Flormar, numéro un du maquillage en Turquie, elle-même détenue à 51% par la marque mondiale de cosmétiques et de produits de beauté Yves Rocher… Pour l’heure, le groupe français brille par son silence et sa mauvaise foi, niant ses liens avec Flormar. A Paris aussi, la résistance s’organise: chaque semaine, des actions et des appels au boycott ont lieu devant des boutiques Yves Rocher, car comme diraient ces ouvrières turques en lutte: «Ce n’est pas le maquillage, mais la résistance qui embellit!» 

 

100 000 personnes ont déjà signé une pétition en faveur des ouvriers lésés. Soutenez-les vous aussi: https://actions.sumofus.org/a/yves-rocher-cessez-la-casse-syndicale-en-…