Quand, même le 1er Mai devient commercial

Après le «Black Friday» en automne, les «French Days» au printemps. Décidément, les grandes enseignes françaises ne manquent pas d’imagination pour faire consommer encore et encore, en anglais of course, sans peur aucune du paradoxe! Une première édition d’une nouvelle opération commerciale, essentiellement en ligne, d’une durée de cinq jours, du 27 avril au 1er mai inclus. Des promotions qui tombent outrageusement le Jour des travailleurs, quelques semaines après la grève historique du personnel de Carrefour toujours en lutte. Et crachent sur l’origine de cette date: la grève générale mobilisant quelque 340000 travailleurs le 1er mai 1886, impulsée par des anarchistes afin de limiter la journée de travail à 8 heures. Une journée qui se termine sur la mort d’un manifestant et plusieurs blessés à la suite de la violence policière.

Trois jours plus tard, le 4 mai 1886, une marche de protestation dégénère. Une bombe explose, suivie de bagarres. Sept policiers sont tués pendant les affrontements. Quatre syndicalistes sont condamnés à mort et pendus le 11 novembre 1887 malgré l’inexistence de preuves. Quatre autres sont emprisonnés à perpétuité. Une date qui prendra le nom de «Black Friday»! Car, six ans plus tard, ces militants anarchistes sont innocentés et réhabilités par le gouverneur de l’Illinois: le chef de la police de Chicago avait commandité l’attentat pour justifier la répression. Mai et novembre se font étrangement écho. Même si le nom du grand bradage américain «Black Friday» proviendrait, depuis les années 1930, des embouteillages qui suivaient la fête de Thanksgiving (le 4e jeudi du mois de novembre) ou encore de la comptabilité des commerçants qui passaient à cette époque des chiffres rouges aux noirs.

La lutte pour les droits des travailleurs et, plus généralement, pour un monde plus juste semble être submergée par cet appel perpétuel à la consommation. Et alors même que ce besoin frénétique de vendre et d’acheter – comparable au paradoxe de la poule et de l’œuf – détruit la planète et engendre l’exploitation de millions de travailleurs. Pour ne donner qu’un exemple: un téléphone mobile porte en lui la sueur des esclaves modernes, parfois dans des régions en guerre, tel le Kivu en République démocratique du Congo. Car, pour sa fabrication, des métaux rares sont indispensables: l’or, le tantale, l’étain, le tungstène, le cuivre, l’argent, le palladium, le cobalt, le lithium, l’indium, entre autres. L’opacité des constructeurs rend le recyclage complexe et sa réparation, un défi. Sans compter l’obsolescence programmée et un marketing sauvage qui la renforce en poussant le consommateur à penser que son appareil acheté un an auparavant est déjà trop vieux. Un phénomène encore accentué par le «Black Friday», les «French Days» et autres «Sale».