«Que l’enfant rejoigne le sage!»

Marcel Laliberté, peintre, sculpteur et caricaruriste
© Thierry Porchet

Artiste peintre, sculpteur et caricaturiste, Marcel Laliberté consacre sa vie à la création, source de bien-être et parfois de grand frisson...

Un nom de famille prédestiné pour cet artiste indépendant à la curiosité constamment titillée... A 70 ans, Marcel Laliberté continue à explorer nombre de canaux créatifs passant du dessin à la sculpture, de l’aquarelle à la caricature. «Je ne m’inscris pas dans un courant. Je suis un touche-à-tout, un généraliste», relève cet homme d’origine québécoise travaillant aussi bien le bois, le bronze, la pierre que des matériaux moins nobles; maniant avec le même bonheur pinceaux et crayons. Dans son atelier genevois, une gamme d’œuvres hétéroclites illustre son besoin d’expérimenter, de tester différents supports. Un ours grandeur nature découpé dans un tonneau, sans soudure, des boîtes de conserve transformées en oiseaux mobiles stylisés et gazouillant quand on les anime, différents croquis académiques et tableaux représentant des paysages, des figurines réalisées avec un simple et unique fil de fer, des corps harmonieux surgissant de pierres taillées... Marcel Laliberté surprend par la variété et l’originalité de ses œuvres comme sa capacité à faire feu de tout bois. Aussi dans un souci de recyclage.

Un job par passion

«Je veux redonner de la noblesse au matériel tout en luttant contre le consumérisme, le gaspillage. Même une boîte de conserve possède son charme», lance ce créateur polyvalent se laissant guider par ses envies, ses émotions et les supports à disposition. Un parcours qui plonge ses racines dans l’enfance. «Le virus du dessin m’a pris très tôt et ne m’a jamais quitté. A 5 ans et demi, je tentais déjà de réaliser mon autoportrait avec un petit miroir mais aussi de bricoler des jouets», se souvient Marcel Laliberté qui suivra l’école des Beaux-Arts, d’abord à Québec trois ans durant, puis une autre année à Montréal – une dernière expérience jugée peu concluante car trop tournée vers l’art conceptuel. Pour gagner sa vie, le Québécois se lance dans le portrait de rue et les caricatures. Avec succès. «C’était un marché intéressant. En plus, je m’amusais, j’avais la chance d’être mon propre patron et je bougeais beaucoup», raconte ce gaucher qui rencontre sa première épouse, suissesse, dans son pays. En 1988, il déménage avec elle et leurs deux enfants, à Genève. «La raison? C’était la crise au Canada et nous avions une opportunité de logement», explique l’expatrié qui, depuis, s’est remarié en 2000. Dans nos frontières, l’homme continue d’exercer son travail de caricaturiste, alors essentiellement dans l’événementiel. «J’animais des foires, festivals, sorties d’entreprise, portes ouvertes, mariages, centres commerciaux, etc. Ce job, plutôt une passion, m’a aussi permis de voyager à l’étranger», précise Marcel Laliberté soulignant la spontanéité nécessaire à la démarche et alors qu’il accepte encore des mandats dans le domaine.

«Une tête bien cassée»

«Il faut se montrer très rapide. La main suit l’œil. On y arrive à force d’entraînement. Les premiers traits se révèlent les plus importants. Bien plus, souvent, que les ombres. Je compte trois à quatre minutes par caricature.» Mais comment procède le dessinateur face à des visages lisses, sans défaut? «On peut aussi faire ressortir une certaine froideur... ou se focaliser sur le sourire», note-t-il, tout en relevant l’aspect comique et léger du genre. «On force le trait mais en restant respectueux. Le résultat se veut sympathique. Il s’écarte évidemment des références habituelles du modèle. En général, les personnes sont satisfaites. Et celles qui disent: “Ce n’est pas moiˮ, je leur réponds que ça viendra», rigole Marcel Laliberté qui, s’il devait faire sa caricature, opterait pour une «tête bien cassée». A côté de ce gagne-pain, l’artiste a toujours poursuivi ses activités artistiques. Et présenté régulièrement son travail dans des expositions. Avec un certain succès, affirme le septuagénaire ne manquant pas de style. Bienvenu pour la circulation de ses créations et... pour faire, relève-t-il, de la place dans l’atelier partagé avec d’autres artistes et où il exprime ses multiples talents. «Créer, c’est comme laisser parler son subconscient. C’est une source de bien-être. Non sans traverser des états de tension, parfois jusqu'à l’exaltation et, plus rarement, le grand frisson, affirme Marcel Laliberté qui, croyant, intègre aussi cette dimension dans son œuvre. La beauté a quelque chose de divin que je recherche dans des choses simples, comme une icône. J’aspire à un certain état spirituel pour retranscrire cette étincelle divine.»

Sans regrets

D’une nature plutôt optimiste, Marcel Laliberté associe le bonheur à l’insouciance – «à laquelle je parviens parfois» – et la vie à un jeu. «Ce n’est pas nous qui distribuons les cartes mais on peut jouer... avec prudence.» De ses racines, l’homme conserve, à défaut de son accent, un certain humour et affirme ne nourrir aucun regret. «Je ne bifferai rien de mon existence. J’ai suivi un parcours particulier, emprunté des chemins de traverse, mais je me suis beaucoup amusé.» Ignorant la peur – seul ce qui pourrait arriver à ses enfants l’effraie –, l’artiste dit encore accepter le défi de vieillir tout en gardant une âme d’enfant. «Mon aspiration? Que l’enfant rejoigne le sage.» Alors qu’au registre des rêves, Marcel Laliberté aurait bien pris un café avec Botticelli ou tout autre peintre de la Renaissance. Mais il n’aurait pas non plus boudé son plaisir avec Toulouse-Lautrec. La vie étant, selon lui, éternelle, l’occasion lui en sera peut-être offerte...

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