Ras-la-pub...

Imaginez une ville sans publicité commerciale. Des rues libérées de ces incitations permanentes à la consommation. Vides de ces appels du pied répétés à acheter, et à acheter encore, histoire, comme le suggèrent slogans et supports visuels, de frayer avec un indicible bonheur. Imaginez une cité où cette pollution optique, ces messages pseudo-accrocheurs seraient bannis. Où on renoncerait de facto à user et abuser dans l’espace urbain des corps érotisés de femmes, évidemment jeunes et belles, pour vendre tout et n’importe quoi – à ce propos, le canton de Vaud a récemment interdit les publicités sexistes par voie d’affichage. L’idée de localités sans réclame est régulièrement défendue par différents mouvements que certains qualifient d’extrémistes. Dans l’air du temps, elle n’a pourtant rien d’excessif et fait son chemin.

Dans la ville du bout du lac, l’initiative «Genève zéro pub» – après avoir connu plusieurs rebondissements entre invalidation partielle et recours – pourrait ainsi bien être soumise aux urnes. Ce serait alors l’occasion pour les citoyens de se prononcer contre ces sollicitations mercantiles permanentes enlaidissant la cité. Ces suggestions massues, tape-à-l’œil, visibilité oblige, auxquelles personne n’échappe, captant le regard sans notre consentement. Ces panneaux qui compliquent de surcroît la mobilité des personnes en situation de handicap. Porté par des acteurs de la société civile, le projet genevois mérite le soutien de sa population. Il contribue à lutter contre la surconsommation, la tentation du superflu – doublées parfois d’un surendettement – qui pèsent lourd dans l’épuisement des ressources naturelles de la Terre. Il freine l’assouvissement de nouveaux besoins le plus souvent artificiels des consommateurs, la pub leur faisant croire que leurs objets, à peine achetés, sont déjà dépassés... Qu’ils ne sauraient exister sans le dernier modèle X ou Y... Et immanquablement avec un certain impact. Si les entreprises n’étaient pas assurées d’un retour sur investissement, elles n’opteraient pas pour cette forme de communication. Dans ce contexte, à l’heure où la décroissance ne s’annonce pas comme une alternative mais un impératif, toutes les démarches allant dans ce sens, même les plus modestes, sont les bienvenues. Rappelons que si tout le monde vivait comme les Suisses trois planètes seraient nécessaires.

On se surprend dès lors à rêver d’une Genève audacieuse, progressiste qui, à l’image de Grenoble ou de São Paolo, franchirait ce pas et ouvrirait la voie au changement en créant des émules. On se surprend à rêver à des villes apaisées. Les espaces libérés pourraient servir à l’expression artistique ou citoyenne ou, mieux encore, à la plantation d’arbres supplémentaires, régulateurs de chaleur bienvenus avec un thermomètre promis à des affolements répétés, dérèglement climatique oblige. Dans la foulée, on imagine aussi des boîtes aux lettres vierges de ces kilos indésirables de papiers – prospectus, flyers, catalogues, etc. – chacune en accueillant, sauf précision contraire, 36 à 60 kilos par an, selon une enquête de la Fédération romande des consommateurs menée l’an dernier. Bonjour l’impact sur l’environnement. Dans l’intervalle, on mesure, au quotidien, la contradiction entre la récurrence actuelle de messages nous invitant à consommer moins, à polluer moins, à privilégier le durable, tout en nous poussant à acheter sans limites. Cherchez l’erreur.