Restructuration de Novartis: «cynique!»

Unia mise sur l’implication de tous les acteurs concernés pour amener la multinationale à faire marche arrière comme en 2011 où une mobilisation générale avait permis d’éviter la fermeture de l’usine de Nyon
© Neil Labrador / Archives

Coup de tonnerre dans la pharma. Novartis envisage de supprimer près d’un emploi sur six en Suisse. Unia mise sur l’implication de tous les acteurs concernés pour amener la multinationale à faire marche arrière comme en 2011 où une mobilisation générale avait permis d’éviter la fermeture de l’usine de Nyon (photo).

Novartis prévoit d’ici à 2022 de supprimer 2150 postes. Unia dénonce une restructuration motivée par un seul but d’optimisation financière et exige le retrait du plan de licenciement.

Le choc est à la mesure du nombre de licenciements envisagés: d’ici à quatre ans, Novartis entend supprimer 2150 postes en Suisse. Un décompte qui n’a pas sauté aux yeux à la lecture du communiqué de presse du géant pharmaceutique. Ce dernier y a en effet articulé un chiffre moins élevé (1700 postes) prenant en compte la construction d’un nouveau site de production de thérapies cellulaires et géniques à Stein (AG), «susceptible de créer 450 nouveaux emplois)». «L’entreprise joue avec les chiffres brut et net. C’est son truc, lance Christian Gusset, responsable national de la branche chimie-pharma d’Unia, atterré par la nouvelle. C’est le plus grand licenciement collectif annoncé depuis des années. Nous avions été alertés il y a quelques semaines par les propos du président du conseil d’administration de Novartis rapportés dans un média alémanique où il précisait vouloir pousser la marge bénéficiaire de 32% à 35%. Mais nous n’imaginions pas une restructuration d’une telle ampleur.» Cette dernière se traduira par la suppression planifiée de 1450 postes dans la production des médicaments et de 700 autres voués aux «activités managériales et transactionnelles» de Novartis. 

11,8 milliards aux actionnaires

Les usines de Schweizerhalle, à Bâle, et de Stein sont frappées de plein fouet par cette décision, perdant respectivement 350 et 700 emplois alors que les sites de Locarno et de Rotkreuz à Zoug seront eux amputés de plusieurs dizaines de places de travail. Au siège du groupe à Bâle, ce sont un millier de postes qui passeront à la trappe. Novartis justifie cette réduction des effectifs par sa volonté de «continuer à adapter son appareil industriel à son portefeuille de produits évoluant vers une diminution de produits de grandes séries afin de se concentrer davantage sur les médicaments spécialisés et innovants». Pour Unia, cette décision ne répond à aucune logique économique. «C’est du cynisme pur. Le chiffre d’affaires de l’entreprise est excellent. Le bénéfice de la multinationale distribué l’an dernier aux actionnaires s’est élevé à près de 11,8 milliards de dollars! Il est choquant que l’on sacrifie les conditions de vie des employés pour les profits énormes des actionnaires.» 

Travailler tous ensemble

Hors de question que le syndicat baisse toutefois les bras. Unia et le personnel planifient d’ores et déjà des assemblées où ils définiront, ensemble, les prochaines étapes dans leur lutte pour conserver les emplois. «Nous exigeons également la création d’une commission réunissant des représentants du Département de l’économie de la Confédération, des cantons touchés par les suppressions, du personnel et des partenaires sociaux.» Le but? Trouver des solutions conduisant Novartis à faire marche arrière. Explorer des pistes alternatives afin que la totalité des employés puissent conserver leur emploi. «Toutes les instances concernées doivent œuvrer ensemble. Nous aurons alors une chance de changer la donne», note encore Christian Gusset rappelant le sauvetage de l’usine Novartis de Prangins/Nyon, menacée de fermeture en novembre 2011. La forte mobilisation des employés – qui avaient par ailleurs aussi fait grève – et l’implication des différents acteurs politiques s’étaient soldées par le maintien du site. «L’exemple romand alimente l’espoir et prouve que le management n’a pas toujours raison. Mais ils nous faut tous travailler de concert.»