Salaire minimum: les syndicats genevois s’impatientent

Le Conseil d’Etat et le patronat tardent à faire appliquer la votation du 27 septembre et refusent d’augmenter les salaires dans l’agriculture. La CGAS hausse le ton

Le salaire minimum genevois, plébiscité par 58% des électeurs le 27 septembre dernier, entrera finalement en vigueur le 1er novembre. Un retard vivement regretté par la Communauté genevoise d’action syndicale (CGAS), qui accuse dans un communiqué de presse du 13 octobre Mauro Poggia et les associations patronales de rechigner à mettre en œuvre l’initiative. «L’Etat aurait déjà dû appliquer au 17 octobre le dispositif. Le retarder au 1er novembre constitue un cadeau de 7,8 millions de francs pour le patronat.»

Agriculteurs snobés

Le 12 octobre, lors d’une séance extraordinaire du Conseil de surveillance du marché de l'emploi (CSME), composée des partenaires sociaux et de l’Etat, les syndicats pensaient discuter de la création d’une task force interdépartementale afin de mettre en place des mesures d’accompagnement économiques pour certains secteurs, mais au lieu de cela, ils se sont vu proposer des solutions contredisant le texte de l’initiative. En effet, le CSME a suggéré, à la majorité, que les salaires minimums dans l’agriculture restent identiques à ceux inscrits dans les contrats-types de travail en vigueur. «Le Département en charge de l’emploi et les patrons refusent d’augmenter d’un centime les salaires dans l’agriculture, alors que ce sont les plus bas du canton avec 16,90 francs l’heure pour les ouvriers mensualisés, et ont même étendu sans aucune base légale cette dérogation à la floriculture», écrit, indignée, la faîtière syndicale.

Indexation niée

Autre sujet de discorde, le mécanisme d’indexation du salaire, interprété différemment par les trois parties. Les auteurs de l’initiative ont, en effet, anticipé la longueur de traitement parlementaire et prévu que le salaire minimum soit indexé chaque année, et ce dès le 1er janvier 2018, afin d’en profiter immédiatement. C’est ainsi que, pour 2020 et 2021, le salaire minimum horaire équivaut à 23,37 francs brut, respectant l’indexation de 1,6%.

Les patrons et le gouvernement, eux, ne l’entendent pas de cette oreille. Les premiers estiment que l’indexation doit être fixée seulement au 1er janvier 2022, et le second pense que l’indexation depuis janvier 2018 est de 0,6%, imposant un salaire horaire de 23,14 francs au 1er janvier 2021...

Ce qui n’est pas du goût de la CGAS. «Calculé sur un équivalent de 42 heures par semaine, Mauro Poggia propose ainsi de raboter de 600 francs sur un an les salaires des personnes concernées, une économie de 18 millions pour le patronat», dénonce la CGAS.

Revendications

Partant, les syndicats exigent du Conseil d’Etat qu’il «reprenne en main ce dossier» et applique «strictement» le droit.

Pour ce faire, ils demandent que la loi soit promulguée sans tarder comme il doit le faire légalement, que les salaires de l’agriculture soient revalorisés «en respectant le texte et l’esprit de l’initiative», que le mécanisme d’indexation du salaire minimum soit appliqué dans l’observance du texte de l’initiative et de la volonté des initiants et, enfin, qu’une task force soit mise sur pied pour accompagner l’entrée en vigueur du salaire minimum dans les secteurs qui en ont besoin.

«Nous nous réservons la possibilité d’agir par voie de droit si nécessaire afin de faire appliquer le vote historique du 27 septembre 2020», préviennent les syndicats.