Santé et transports: le Conseil fédéral suspend la Loi sur le travail

Plutôt que limiter au maximum la contagion, le gouvernement flexibilise davantage les conditions de travail de salariés déjà fortement éprouvés

«Rien ne sert d’applaudir tous les soirs le personnel hospitalier si, en même temps, on lui retire ses droits les plus élémentaires.» Ce cri d’alarme a été lancé par le Syndicat des services publics (SSP) après la décision prise par le Conseil fédéral le vendredi 20 mars de suspendre les protections légales relatives au temps de travail et de repos dans les services hospitaliers confrontés, comme il le mentionne lui-même, à «une augmentation massive du travail en raison du nombre de cas de maladie due au Covid-19». Cette suspension des droits du personnel soignant est prévue pour six mois.

Le SSP qualifie cette décision de «dangereuse» et de «révoltante». Le personnel hospitalier pourra être appelé à travailler au-delà des 60 heures déjà autorisées par la Loi sur le travail (50 heures, plus 2 heures par jour en cas d’urgence). Ces salariés, pour une grande majorité des femmes, sont en première ligne, en contact direct avec les malades atteints par le coronavirus et font preuve d’un dévouement sans faille. Un personnel qui se voit retirer ses droits les plus élémentaires et imposer «un régime de non-droits», proteste le SSP dans un communiqué. Le syndicat a exigé le retrait immédiat de cette ordonnance ainsi qu’une rencontre urgente avec le Conseil fédéral, ce dernier devant se réunir le mercredi 25 mars.

Surcharge programmée des hôpitaux

La veille, le SSP lançait une pétition en ligne demandant au gouvernement «de maintenir le personnel hospitalier dans le cadre de la Loi sur le travail sans aucune exception». En moins de 24 heures, cet appel a recueilli plus de 10000 signatures en Suisse romande et quelque 50000 signatures dans tout le pays deux jours plus tard*. Cette puissante et rapide mobilisation du personnel médical, soutenu par des milliers de personnes, s’est heurtée à un mur. Mercredi 25 mars, lors de la conférence de presse du Conseil fédéral, le ministre de l’Economie, Guy Parmelin, attendu aussi sur la question de la fermeture des chantiers, n’a donné que des informations confuses sur la question, tout en maintenant la mesure. «La conséquence de cette décision: le personnel hospitalier risque d’être exposé au virus durant plus de 60 heures par semaine. Les risques de tomber gravement malade sont énormes», alerte le SSP.

«En refusant de faire cesser le travail sur les chantiers et dans les entreprises où il n’est pas essentiel, le Conseil fédéral prépare une surcharge programmée des hôpitaux, et pour faire face à cette surcharge, il fait sauter les réglementations!» s’indigne Beatriz Rosende, secrétaire centrale du SSP en charge de la santé. Elle assure que son syndicat ne baissera pas les bras pour défendre les conditions de travail du personnel soignant, non seulement à l’hôpital, mais aussi dans les EMS et les soins à domicile.

Pouvoir d’exception

Le pouvoir d’exception conféré par la Loi sur les épidémies au Conseil fédéral dans le cadre de la «situation extraordinaire», décrétée le 16 mars, n’a pas seulement permis de lever les protections pour le personnel hospitalier, mais également celles des travailleurs des transports, de la logistique et des coursiers. Ainsi, les chauffeurs de camion pour l’approvisionnement de base pourront travailler jusqu’à 112 heures sur deux semaines, contre 90 heures jusque-là. Le temps de repos hebdomadaire est ramené de 45 à 36 heures. De plus, l’interdiction de conduire la nuit et le dimanche a été levée. Regroupant les syndicats Unia, SEV et Syndicom, l’alliance Fairlog a vivement protesté dans un communiqué contre l’assouplissement du droit du travail dans cette branche.

Fairlog rappelle le tour de force accompli par les salariés du transport et des centres de logistique et de distribution. L’alliance syndicale considère cette déréglementation, décidée sans consultation des travailleurs et n’offrant aucune compensation, comme inacceptable. Elle demande une augmentation des contrôles, une majoration des heures supplémentaires de 50%, et une hausse au moins équivalente des salaires pour le travail de nuit et du dimanche.

Travail sept jours sur sept

Les coursiers sont aussi touchés avec l’autorisation de livrer des denrées alimentaires et autres produits sept jours sur sept. Unia dénonce une décision prise sans consultation du personnel. Pour le syndicat, livrer des repas ou des commandes en ligne n’est pas indispensable tous les jours, des offres existant déjà pour les personnes âgées ou en quarantaine. Unia exige que les mesures de protection de la santé du personnel soient respectées, faute de quoi le travail doit être arrêté. Autre demande: une rémunération correcte des heures supplémentaires effectuées par les coursiers. «La pandémie actuelle ne doit pas être utilisée à mauvais escient pour détériorer les conditions de travail», résume Unia face à ces déréglementations.


*La pétition «Préservons les droits et la santé de celles et ceux qui nous soignent» s’est terminée dimanche. Elle a rencontré un énorme succès avec 80000 signatures recueillies, dont plus de 30000 en Suisse romande. C’est plus qu’il n’en faut pour faire aboutir un référendum fédéral.

Pour suivre la campagne du SSP: ssp-vpod.ch

Personnes vulnérables: volte-face incompréhensible!

L’alliance Fairlog s’est encore insurgée contre l’«obligation scandaleuse de travailler pour les groupes à risque» que le Conseil fédéral a réintroduite «par la petite porte» le 20 mars. Auparavant, l’Ordonnance sur les mesures destinées à lutter contre le coronavirus prescrivait que les employés particulièrement à risque, soit ceux souffrant de maladies chroniques, devaient accomplir leur travail à domicile. «Si cela n’est pas possible, l’employeur leur accorde un congé en continuant à leur verser leur salaire», était-il notifié. Or, le gouvernement a fait volte-face et a édicté que, désormais, si le travail habituel ne peut être accompli à domicile, l’employé vulnérable est censé poursuivre son activité professionnelle sur son lieu de travail. L’employeur est tenu de prendre les mesures organisationnelles et techniques pour garantir le respect des recommandations en matière d’hygiène et d’éloignement social. Ce n’est que dans le cas où ces mesures ne sont pas appliquées qu’un travailleur vulnérable peut rester à la maison. Une décision qui va clairement à l’encontre de toutes les consignes données jusque-là!