Solidarité mise à mal dans l’accès aux vaccins

Amnesty International et Public Eye demandent au Conseil fédéral de s’engager en faveur de l’accès universel aux traitements contre le Covid-19. Une pétition à la clef

De très nombreux pays n’ont toujours pas accès aux vaccins, dont les brevets sont détenus par quelques groupes pharmaceutiques. Une injustice qu’entendent corriger Amnesty International et Public Eye. Dans un communiqué de presse commun du 16 mars dernier et via une pétition en ligne*, les deux ONG ont enjoint au Conseil fédéral de soutenir une dérogation temporaire à la propriété intellectuelle pour les traitements, tests diagnostiques et vaccins contre le Covid-19. «Les pays riches, dont la Suisse, ont acheté plus de la moitié des stocks de vaccins alors qu’ils ne représentent que le 16% de la population mondiale, tandis que 100 pays n’ont encore pas vacciné une seule personne. Cette situation est notamment due au fait que seules quelques entreprises fabriquent ces vaccins dont elles contrôlent les brevets alors que beaucoup d’autres auraient le savoir-faire pour les produire», souligne Pablo Cruchon, responsable de la campagne Covid-19 à Amnesty International. La dérogation à certaines dispositions de l’accord sur les ADPIC, traité mondial qui régit les droits à la propriété intellectuelle, faciliterait la production de traitements contre le coronavirus avec l’arrivée de nouveaux fabricants du Sud. Amnesty International et Public Eye exhortent encore le gouvernement d’agir auprès des pharmas suisses pour qu’elles adhèrent à la plateforme de partage des connaissances de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). En mai 2020, précisent les deux partenaires, l’OMS a mis sur pied le Groupement d’accès aux technologies contre le Covid-19. But de la démarche: rassembler les données et connaissances des sociétés, et favoriser l’octroi de licences de production et le transfert de technologie à d’autres fabricants potentiels. Une initiative qui n’a pas été suivie par les géants de la chimie. «Les groupes pharmaceutiques qui ont mis au point les premiers vaccins contre le Covid-19 doivent partager leurs recherches, leurs savoirs et leurs technologies. Ainsi, d’autres entreprises pharmaceutiques pourront s’appuyer sur ces avancées pour accélérer leur production de vaccins», insiste Patrick Durisch, responsable Politique santé chez Public Eye. Les ONG demandent encore que le Conseil fédéral rende publics les contrats passés avec les producteurs pour l’achat des vaccins payés avec l’argent des contribuables. A noter encore que Public Eye a publié le 9 mars dernier un rapport sur les méthodes mises en œuvre par Pfizer, Roche et Novartis pour «exploiter de manière systématique la crise du coronavirus à leur avantage». Cette enquête montre également la responsabilité de la Suisse et d’autres Etats riches qui alimentent le modèle d’affaires des pharmas dans la répartition inéquitable des vaccins.

Pour signer la pétition: amnesty.ch