Uber hors course à Genève

Grève des chauffeur Uber en décembre 2017.
© Thierry Porchet

En décembre 2017, des chauffeurs Uber avaient fait grève pour dénoncer leurs conditions de travail.

Uber a été interdit à Genève. Satisfaction d’Unia qui réclame maintenant que d’autres cantons suivent la voie

Lutte payante! Le canton de Genève a interdit le service de transport Uber tant qu’il ne remplit pas ses obligations d’employeur. Une issue saluée par Unia qui avait demandé la suspension de la société en 2017 déjà, suite à la première grève de ses chauffeurs. «Nous sommes très contents de cette situation. Le syndicat s’est battu avec véhémence ces dernières années pour que les salariés d’Uber soient mieux protégés, payés convenablement et employés conformément au droit», commente Umberto Bandiera, secrétaire syndical Unia transports & logistique, ne doutant pas que ces années de pression exercées par Unia contre Uber et le dumping salarial pratiqué ont porté leurs fruits. «Jusqu’à présent, les cantons ont refusé de mettre l’entreprise devant ses responsabilités. Conséquence : Uber a pu soutirer des millions à son personnel.» A Genève, la société, arrivée il y a cinq ans, emploie quelque 1400 chauffeurs qu’elle considère comme des partenaires. Et Umberto Bandiera d’estimer que le rattrapage salarial – en raison de rémunérations basses non conformes aux usages en vigueur et en tenant compte des charges sociales non payées – s’élève à des dizaines de millions de francs. «A ce chiffre il faut encore ajouter les impôts sur les bénéfices qui n’ont pas été encaissés et les émoluments et taxes qu’auraient dû verser Uber pour exercer son activité. Ce modèle n’est rien de plus que du travail au noir déguisé.» 

Eviter un nouveau scandale

Le syndicat annonce qu’il se tient à disposition des salariés genevois pour les aider à se défendre et à faire valoir individuellement et collectivement leurs droits. Il s’agit d’éviter de répéter le scénario qui s’est produit avec Kapten, un des principaux concurrents d’Uber. «Fin septembre, cette société française a décidé de liquider ses activités à Genève, laissant 350 personnes sur le carreau, averties de leur licenciement par un simple message. Elle n’a pas payé un centime d’AVS, d’impôt, de TVA... Un licenciement collectif gravissime sans que, en l’absence de cadre légal, nous ne puissions agir», rappelle encore Umberto Bandiera.

De son côté, l’entreprise californienne a déjà annoncé qu’elle fera recours contre la décision du département de l’emploi. «La Chambre administrative de la Cour de justice sera certainement saisie. Cette démarche entraînera un effet suspensif à la décision de l’Etat. Si elle confirmée, Uber devra dans tous les cas s’acquitter des montants dus, qu’il quitte ou non Genève. Nous restons confiants quant à l’issue de la procédure.» Et Umberto Bandiera de préciser: «Nous ne sommes pas opposés à Uber. Mais nous exigeons que ces entreprises recourant à une technologie avancée, se montrent exemplaires dans un économie toujours plus numérisée.»

Si Genève donne aujourd’hui le bon exemple en soumettant enfin la société au droit du travail, Unia demande que les autres cantons lui emboîtent le pas et prennent les mesures nécessaires pour qu’Uber assume ses responsabilités d’employeur. Dans le cadre des lois cantonales et communales sur les taxis, le syndicat attend aussi que les politiques veillent à ce que les droits et conditions de travail du personnel soient respectés.