Un demi-degré aux effets cruciaux

Portugal, Floride, Majorque, sud de la France, Indonésie... Alerte rouge sur la planète en prise avec une météo ne cessant de s’affoler. La récurrence d’événements extrêmes confirme, s’il le fallait encore, les conclusions pour le moins alarmantes du récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) mettant en évidence les risques majeurs liés au réchauffement climatique. Dénonçant les dangers d’une hausse aussi inéluctable que dramatique des températures sans changements radicaux de nos modes de vie. 

Plus de 90 spécialistes de 40 nationalités différentes ont ausculté la Terre et les maux qui la dévastent. Maux principalement imputés à l’activité humaine, n’en déplaisent aux climatosceptiques brouillés avec une vérité qui n’autorise pourtant plus depuis longtemps les divagations et l’attentisme. Depuis l’ère préindustrielle, le thermomètre planétaire a déjà grimpé de 1 °C. Et bien davantage dans certains coins du globe ! 2 °C de plus en Suisse. Avec les conséquences tragiques que l’on connaît entre sècheresses, cyclones, feux de forêts, pluies diluviennes, etc. largement oblitérés du sceau de notre responsabilité.

Le GIEC estime néanmoins possible de freiner le catastrophique emballement climatique. Une augmentation de 1,5°C plutôt que 2°C restreindrait déjà les dégâts. Un petit demi-degré aux effets cruciaux. En matière de flux migratoires et de pauvreté. Sur les écosystèmes, la biodiversité. Le seuil préconisé permettrait par exemple de limiter la montée des eaux. Avec, à la clef, 10 millions de personnes qui éviteraient la submersion. Sans oublier l’impact sur la faim dans le monde. Le changement climatique est l’une des causes majeures de ce fléau qui frappe 821 millions de personnes. Et qui continuera à gagner du terrain en l’absence de mesures drastiques. 10 à 30 % de la surface des récifs coralliens pourraient par ailleurs être préservés. Peu, mais mieux que leur disparition annoncée. Alors que des espèces de poissons seraient elles aussi épargnées et, partant, des réserves alimentaires des humains... Puisqu’il semble toujours falloir ramener à l’utile. Des résultats attendus sous réserve qu’on retrousse les manches dès aujourd’hui. Concrètement, il s’agit de réduire les émissions de gaz à effet de serre de moitié d’ici 2030 pour atteindre zéro émission nette autour de 2050. Une mission difficile mais pas impossible selon le GIEC. Alors que les solutions sont connues depuis longtemps: abandon du pétrole et du charbon, recours accru aux énergies renouvelables, usage modéré des terres, transformation de l’agriculture, etc. Une transition globale, immense, qui ne pourra s’opérer sans barrer la route aux puissants lobbys industriels, combattre les intérêts égoïstes à court terme. Sans renoncer à l’idée irresponsable de la croissance à tout prix, d’un productivisme effréné. En clair, il faudra accepter de troquer le modèle néolibéral et capitaliste contre un système économique et sociétal durable, solidaire, respectueux de l’environnement et des êtres. Utopique? L’argument financier pourrait influer sur le processus. Selon l’Onu, les désastres climatiques ont généré ces vingt dernières années des pertes économiques de quelque 2300 milliards de dollars. Plus de 151% par rapport aux décennies précédentes! De quoi peut-être échauffer les esprits dans les gouvernements et générer un sursaut aussi urgent que vital.