Un message fort contre l’élévation de l’âge de la retraite

Lors d'une manifestation, des linges accrochés à une corde à lessive où il est écrit notamment "femmes en colère"
© Thierry Porchet

Les quelque 80 délégués se sont prononcés en faveur du maintien absolu de l’âge actuel de la retraite à 64 et 65 ans.

A Zurich, avant de participer à la manifestation des maçons du 23 juin, l’assemblée des délégués d’Unia a débattu d’une résolution sur les retraites

C’est à l’unanimité que l’assemblée nationale des délégués d’Unia a voté la résolution sur la prévoyance vieillesse, qui sera présentée à l’Union syndicale suisse. Chaque point du projet du comité directeur, additionné de nombreux amendements provenant pour la grande majorité de Suisse romande, a été discuté. Ce débat fait suite à l’assemblée extraordinaire du 17 mars.

En préambule, la présidente d’Unia, Vania Alleva, a souligné les difficultés rencontrées à l’interne au sujet de PV2020. «Cela nous a demandé beaucoup d’efforts pour maintenir la cohésion. Mais nous y sommes parvenus. Après cette votation, le Conseil fédéral propose une réforme qui inclut toujours l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes, une augmentation de la TVA et pratiquement aucune compensation. Soit un projet pire que PV2020. Or, de notre côté, l’âge de la retraite des femmes est intouchable.»

La résolution adoptée par les quelque 80 délégués présents souligne que «les conditions de retraites doivent être améliorées et non réduites, notamment avec le maintien absolu de l’âge de retraite actuel à 64/65 ans» et qu’il est ainsi «hors de question d’augmenter l’âge de la retraite des femmes, et plus généralement de toute la population».

Pour maintenir les prestations AVS, le syndicat propose plusieurs solutions dont: une augmentation des cotisations à l’AVS (identiques depuis 1975) afin que le financement se fasse solidairement entre employeurs et salariés, une hausse de la contribution fédérale à l’AVS, ainsi qu’une taxation des gains sur le capital et des bénéfices générés par les machines et la numérisation. Une majoration de la TVA est, en outre, refusée.

L’AVS, pas une monnaie d’échange

«L’AVS est un droit fondamental et non une monnaie d’échange pour faire accepter les baisses fiscales des entreprises.» Ce point de la résolution fait référence aux propositions du Parlement de prévoir un financement additionnel pour l’AVS dans le cadre de la nouvelle réforme des entreprises (PF17). «C’est un message essentiel: on ne va pas marchander l’AVS», souligne en aparté Alessandro Pelizzari, secrétaire régional d’Unia Genève.

Les délégués demandent aussi à ce que la Constitution soit modifiée afin que 70% du dernier revenu soit garanti par le système de retraite. Une augmentation de 100 francs pour tous est également revendiquée.

Les débats ont aussi porté sur le 2e pilier. «Du côté de Genève, nous avons eu des discussions animées sur le sujet. La proposition de supprimer le 2e pilier n’a pas obtenu la majorité. Mais notre région était d’accord sur le fait de garder le taux de conversion actuel de 6,8% et de ne rien modifier, car le 2e pilier est irréformable. Nous sommes pour un renforcement du 1er pilier uniquement», a rapporté Alessandro Pelizzari. Des amendements genevois allant dans ce sens ont été suivis par une majorité de l’assemblée.

A noter encore que «le maintien de l’affiliation à la caisse de pension pour les chômeurs et les préretraités dès 58 ans, comme le préconise le Parlement fédéral dans la révision des prestations complémentaires», a été accepté, ainsi que l’abaissement de la «legal quote» des assureurs à 5% au lieu de 10% (soit la part de leurs frais administratifs). De surcroît le système des bonifications pour tâches éducatives et d’assistance dans les assurances sociales doit être développé et amélioré. Et les bénéfices de la Banque nationale servir à garantir l’équilibre social, et donc à financer le système de retraite.

 

 

Toutes et tous à la grande manifestation pour l’égalité

«L’égalité salariale n’est pas un cadeau fait aux femmes, mais un mandat inscrit dans la Constitution depuis 37 ans.» La résolution de l’assemblée des délégués d’Unia du 23 juin rappelle en outre que 10 milliards de francs sont ainsi dérobés aux femmes par année, ce qui représente «une arnaque massive sur les salaires». Chacune d’entre elles, en moyenne, perd ainsi 303000 francs au cours de sa vie professionnelle, ou 7000 francs par an, ou encore 590 francs par mois. Résultat, les rentes des femmes sont d’environ 37% inférieures à celles des hommes. Dans sa campagne de mobilisation pour que la loi soit enfin appliquée, Unia mise non seulement sur les chiffres, mais aussi sur la convivialité en lançant la bière de l’égalité assortie du slogan: «Egalité salariale: mettons la pression!»

Lors de l’assemblée des délégués, Corinne Schärer, responsable du groupe d’intérêts femmes et membre du comité directeur, s’est insurgée contre la teneur des débats qui ont eu lieu au Conseil des Etats sur la révision de la Loi sur l’égalité. «Certains parlementaires, de l’UDC et de la droite, ont osé dire que les différences sont naturelles, ou que le moment est mal choisi, ou au contraire que l’égalité existe déjà! C’était épouvantable!» Elle a rappelé que le projet du Conseil des Etats affaiblit encore celui du Conseil fédéral puisque seules les entreprises de plus de 100 employés (soit 1% de toutes les sociétés) devraient effectuer des contrôles des salaires, une obligation limitée de surcroît dans le temps à douze ans, et sans risque de sanction. «C’est inacceptable!» a martelé Corinne Schärer, rappelant dans les grandes lignes les revendications syndicales: des contrôles salariaux tous les quatre ans, des adaptations des salaires des femmes, des amendes dissuasives pour les entreprises qui enfreignent l’égalité salariale. L’assemblée des délégués d’Unia souligne sa détermination en appelant toutes et tous à participer le 22 septembre à Berne à la manifestation pour l’égalité salariale. Un premier pas, avant, peut-être, une grève des femmes, le 14 juin 2019.

Informations: www.mettons-la-pression.ch

 

 

Unia s’insurge contre les attaques sur les mesures d’accompagnement

«Nous ne sommes pas satisfaits de l’état des mesures d’accompagnement et cela fait de nombreuses années que nous demandons une extension ciblée», indique la résolution adoptée à l’unanimité par l’assemblée des délégués d’Unia sur les accords bilatéraux et la libre circulation des personnes. Depuis des années, le syndicat demande le renforcement des mesures d’accompagnement. Il préconise le renforcement des compétences des commissions paritaires pour leur permettre de suspendre les travaux en cas d’indices évidents de dumping salarial, d’agir contre les faillites en chaîne, de disposer de directives plus claires en matière de marchés publics, de ratifier davantage de conventions collectives de travail pour garantir des salaires minimaux et d’améliorer la protection contre le licenciement. A contrario, en ce mois de juin, les conseillers fédéraux PLR ont remis en question la règle dite des huit jours: un délai d’annonce demandé aux entreprises étrangères travaillant moins de trois mois en Suisse afin de permettre la vérification des salaires et des conditions de travail. «Ils attaquent un élément central des mesures d’accompagnement et mettent ainsi en danger la libre circulation des personnes et les accords bilatéraux.»