Un procès pour la liberté syndicale

Unia avait déjà soutenu l’horloger quand il avait été congédié, organisant devant l’entreprise une manifestation pour dénoncer un licenciement anti-syndical.
© Neil Labrador

Unia avait déjà soutenu l’horloger quand il avait été congédié, organisant devant l’entreprise une manifestation pour dénoncer un licenciement anti-syndical.

A la suite du licenciement d’un délégué syndical horloger, la tentative de conciliation a échoué. Ce sera au juge de trancher

La conciliation n’a pas abouti. Lundi 3 février, Mickaël Béday, horloger de métier, se rend au Tribunal d’arrondissement d’Yverdon. A ses côtés, son avocat Nicolas Mattenberger. Face à lui, son ancien patron à la tête de l’entreprise horlogère Dubois & Dépraz de la vallée de Joux, accompagné de son avocat. Une délégation d’Unia est venue soutenir le jeune horloger, mais l’audience n’est pas publique. Au bout d’une vingtaine de minutes, la conciliation échoue. Me Nicolas Mattenberger tient à la confidentialité des échanges et résume: «Leur proposition était inacceptable.» Un procès se tiendra donc au Tribunal d’arrondissement d’Yverdon dans quelques mois. L’avocat explique: «Ce sera alors à l’employeur de prouver le caractère non abusif du licenciement.»

Pour Mickaël Béday le montant d’une éventuelle indemnité importe peu. Il se bat avant tout pour la cause. «Pour les prochains», lance-t-il. Soit tous les délégués syndicaux qui, comme lui, pourraient subir des pressions, jusqu’au licenciement, pour des raisons fantoches.

Raphaël Thiémard, responsable Unia de l’horlogerie, souligne: «Ce procès est emblématique et compte beaucoup pour les délégués syndicaux.» L’Organisation internationale du travail (OIT), elle-même, estime que ces derniers ne sont pas assez protégés des licenciements en Suisse.

Pour mémoire, le jeune horloger a été mis à la porte, brutalement, le 24 juin 2019 en fin de journée, alors que tous les employés avaient déjà quitté l’usine. Et ce, pour une erreur dans le contrôle de pièces horlogères. «Une faute professionnelle grave», selon la direction. Mickaël Béday n’a alors pas l’occasion de s’expliquer: «Ça a été très dur. Je me suis senti si mal. Ça pèse une histoire pareille.» A 27 ans, ce licenciement signifie la fin de sa carrière dans l’horlogerie. «J’ai travaillé six ans dans cette entreprise, et j’ai eu une très bonne évaluation début 2019, la meilleure de ma carrière. Preuve que je travaillais dur, et encore plus depuis que j’étais délégué, pour éviter qu’on ne me reproche mon engagement syndical. Même en représentant mes collègues, j’ai toujours milité hors de mes heures de travail. Or, la seule fois où j’ai oublié de badger une pause, j’ai eu droit à un avertissement.» L’été dernier, il a reçu le soutien de nombreux syndicats et du président de l’USS Pierre-Yves Maillard. Une pétition pour sa réintégration a été signée par plus de 1600 personnes.

Depuis, après le désespoir, Mickaël Béday a rebondi. Obligé de se reconvertir, il a trouvé une place de stage dans une institution pour personnes handicapées. Il sourit: «Je revis, c’est tellement humain!»