Une double peine frappe les personnes sans passeport suisse

Délégués migration d'Unia.
© Unia

Les délégués migration d’Unia ont voté une résolution demandant notamment que le recours à l’aide sociale ne soit pas interprété par les autorités comme un manque d’intégration.

Lors de la conférence des migrations d’Unia, les délégués ont demandé une plus grande protection des travailleurs immigrés particulièrement fragilisés par la pandémie

Les travailleuses et les travailleurs dénués de passeport à croix blanche encourent une double peine, car la perte de leur emploi peut signifier la fin de leur permis de séjour. Face à cette épée de Damoclès intolérable en cette période particulièrement difficile liée à la pandémie, les délégués migration d’Unia ont voté une résolution demandant notamment que le recours à l’aide sociale ne soit pas interprété par les autorités comme un manque d’intégration. Les permis doivent être protégés, ont-ils rappelé lors de la conférence des migrations organisée le 31 octobre à Berne. «Ceux qui ont un permis précaire, par exemple de courte durée (L) ou une autorisation de séjour (B) vivent avec une angoisse supplémentaire: s’ils perdent leur travail, ils risquent de voir leur permis non renouvelé comme le prévoit la Loi fédérale sur les étrangers et l’intégration (LEI)», dénonce Marie Saulnier Bloch, secrétaire spécialisée migration d’Unia. Comme le rappelle la résolution adoptée par les délégués: des permis C peuvent, en vertu de la LEI, être rétrogradés en permis B, même si leurs détenteurs vivent et travaillent en Suisse depuis des dizaines d’années. Des naturalisations risquent également d’être freinées, voire refusées.

Recourir à l’aide sociale peut aussi avoir un impact sur une demande de regroupement familial, au point que des immigrés préfèrent s’endetter plutôt que de faire valoir leurs droits à une aide étatique.

Reconnaissance et stabilité

Pour la conférence des migrations d’Unia, les personnes étrangères, au front face à la pandémie, méritent «la reconnaissance et la stabilité des statuts légaux». Elle rappelle que celles-ci sont actives principalement dans les métiers dit essentiels (les soins, la vente, la logistique, le nettoyage) ou encore sont employées dans des secteurs particulièrement frappés par la crise avec, maintenant, une seconde vague de fermetures (l’hôtellerie-restauration). Notons aussi que beaucoup ne peuvent télétravailler et sont donc plus exposés à la maladie (la construction, l’agriculture).

Les délégués demandent aussi un revenu minimum de 4000 francs (pour 40 heures par semaine), avec un treizième salaire. Car nombre de ces travailleuses et de ces travailleurs n’atteignent pas ce montant. Une diminution du salaire, pour cause de RHT, peut ainsi faire basculer une famille en-dessous des minima sociaux.

«Je connais de nombreuses personnes immigrées qui n’ont pas droit au chômage, car elles n’ont pas assez cotisé. Elles n’osent pas demander l’aide sociale, même si elles ont des familles à nourrir. Les migrants sont d’autant plus fragilisés qu’ils n’ont pas de réseau familial pour les soutenir. Ils ont peur de perdre leur permis. Au point qu’ils n’arrivent plus à dormir», souligne Abdelhak Mazid, coprésident du groupe migrants d’Unia Genève. Il souligne la situation encore plus précaire des sans-papiers: «J’en connais beaucoup qui ont travaillé assidument et qui, du jour au lendemain, ont été licenciés.» Bénévole dans de nombreuses associations de soutien aux plus précaires, le militant indique avoir observé une amélioration en juillet et en août, mais estime que les possibilités d’emploi, notamment dans le travail domestique ou dans les champs, sont plus faibles qu’avant le Covid. «Sans compter le risque que les sans-papiers soient encore moins bien payés», précise-t-il. Une situation qui a peu de chance de s’arranger avec la deuxième vague.

Solidarité internationale

Lors de la conférence, les délégués ont adopté une seconde résolution demandant l’accueil immédiat des réfugiés coincés dans les camps des îles grecques, notamment celui de Moria. Une revendication qu’Unia a déjà soutenue dans le cadre de la campagne «Evacuer maintenant». Les délégués revendiquent également la création de couloirs humanitaires et l’arrêt des refoulements illégaux aux frontières de l’Union européenne. Ils exigent aussi la prise en compte des raisons de fuite spécifiques et individuelles des femmes, avec une meilleure reconnaissance des victimes de la traite d’êtres humains. Dans leur exil, les femmes sont les premières victimes de violences sexuelles.