«Une gifle pour les femmes»

Femmes solidaires se tenant par la main.
© Neil Labrador/archives

Solidarité avec les femmes. L’Union syndicale suisse a lancé un appel urgent en ligne  en faveur d’une hausse des rentes des femmes.

L’Union syndicale suisse juge scandaleuse la décision de la Commission du Conseil des Etats relative au projet AVS 21

«Si le sujet n’était pas si grave, on pourrait parler d’une farce: les modifications à l’AVS décidées par la Commission du Conseil des Etats sont tout simplement surréalistes.» Première secrétaire adjointe de l’Union syndicale suisse (USS), Gabriela Medici ne cache pas sa colère à la suite du projet de réforme AVS 21 présenté le 27 janvier par la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil des Etats (CSSS-E). Cette dernière a revu encore à la baisse les compensations prévues initialement par le Conseil fédéral (CF) déjà considérées comme clairement insuffisantes. Rappelons que la révision en cours porte sur l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans – déjà clairement décriée par l’USS – accompagnée de mesures supposées atténuer la portée de ce changement. Concrètement, la CSSS-E entend encore limiter dans le temps les compensations financières envisagées. «La Commission veut réduire leur durée de neuf à six ans, soit un tiers de moins! Les femmes sont ainsi incitées à travailler un an de plus», fustige Gabriela Medici. Et d’ajouter: «Ces décisions sont tout simplement indécentes. Une semaine avant que la Suisse célèbre les 50 ans du droit de vote des femmes et malgré l’ampleur de la grève nationale féministe du 14 juin 2019, ces messieurs du Conseil des Etats montrent leur vrai visage. Non contents d’avoir demandé la hausse de l’âge de la retraite des femmes, ils veulent encore sabrer dans les compensations.» Une volonté d’autant plus intolérable que l’USS avait déjà clairement démontré que les femmes perdraient avec AVS 21 1200 francs par année! Alors qu’actuellement elles touchent déjà un tiers de rente de vieillesse de moins que les hommes.

Historiquement scandaleux

 «Il s’agit là d’un véritable aveu de mépris en matière de politique de l’égalité. Le CF a proposé une réforme pour stabiliser l’AVS durant dix ans en comptant sur les dix milliards qu’apporteraient les femmes. Il avait alors prévu d’en rendre un tiers. Et là nous ne sommes plus qu’au quart. Historiquement scandaleux.» La collaboratrice de l’USS dénonce aussi la position de la CSSS-E sur la question de la flexibilisation. Avec la mouture du CF, cette dernière devait permettre aux travailleuses de prendre une retraite anticipée dès l’âge de 62 ans. Pas au goût de la Commission qui a opté pour 63 ans. «Les femmes seront doublement pénalisées. Non seulement leur âge de référence augmente, mais l’âge à partir duquel elles pourront anticiper leur rente AVS aussi.» Seul bémol dans les critiques formulées par l’USS: la prise en compte par la Commission de la hausse du plafonnement des rentes des couples mariés. «Augmenter le plafond à 155% de la rente individuelle maximale constitue un pas vers une amélioration des rentes qui devient absolument nécessaire. Mais cette disposition ne bénéficie qu’à une partie des couples mariés... Les moins bien lotis, soit ceux avec des revenus bas ou moyens, et les personnes seules resteront confrontées aux mêmes difficultés.» Dans ce contexte, l’USS a lancé un appel en ligne « Pas touche aux rentes des femmes» en invitant chacun à envoyer un signal clair à la Commission du Conseil des Etats en s’opposant fermement à ce projet qualifié de «véritable gifle pour toutes les femmes de ce pays.» A l’heure où nous mettions ce journal sous presse, lundi passé, plus de 145670 paraphes avaient déjà été récoltés.

Pour signer l’appel: appel.rentes-des-femmes.ch