Une lutte historique!

Il y a 16 ans, presque jour pour jour, une grève nationale des maçons ébranlait les certitudes et les blocages des patrons. C’était le 4 novembre 2002. Une semaine plus tard, le SIB (Syndicat industrie et bâtiment, prédécesseur d’Unia) et Syna signaient avec la Société suisse des entrepreneurs (SSE) la Convention collective de travail pour la retraite anticipée des travailleurs de la construction. Une victoire historique pour les maçons. Une retraite à 60 ans gagnée de haute lutte, après des mois de mobilisation. Et par une grève massive, la première à l’échelle de tout le pays depuis un demi-siècle. Mise en place rapidement, la retraite anticipée a pu bénéficier aux maçons de 60 ans dès juillet 2003. Cet acquis d’envergure, dont le financement a même été salué ensuite par certains patrons, est un modèle qui a fait des émules dans d’autres conventions collectives. Il a permis à de nombreux maçons de vivre une retraite digne, alors qu’une étude avait révélé, en 2000, que 43% des ouvriers de la construction étaient invalides à 65 ans, et que beaucoup n’arrivaient même pas à cet âge.

Aujourd’hui, avec la génération du baby-boom, la retraite anticipée des maçons a besoin d’un financement transitoire. Mais la SSE fait le forcing. En juin, face à son refus de négocier une solution pour le maintien de la retraite à 60 ans, 18000 maçons descendaient dans la rue à Zurich. Ils contraignaient la faîtière patronale à s’asseoir à la table des négociations. Ce qui a permis, en août, de trouver une solution satisfaisante pour les syndicats. Mais depuis, les entrepreneurs font du chantage. Ils exigent qu’en échange de cette solution, les syndicats acceptent leurs revendications en matière de démantèlement de la Convention nationale:  300 heures flexibles par année, baisses de salaire pour certains en cas de changement d’employeur par la non-prise en compte de l’ancienneté ou encore introduction de stages de 4 mois non soumis au salaire minimum, permettant aux entreprises détachant des travailleurs de sous-payer leurs ouvriers, ouvrant ainsi la porte à un dumping généralisé.

Aujourd’hui, les maçons disent Non! Ils refusent d’être sacrifiés sur l’autel du profit. Les conditions de travail sont de plus en plus dures sur les chantiers, la pression des délais est énorme, les accidents fréquents. A 60 ans, un travailleur est usé, cassé. A 50 ans, il est viré, contraint de travailler en temporaire, avec le risque de perdre son droit à la retraite anticipée. Et les patrons veulent prolonger leurs journées déjà éreintantes. Les porter de 9 heures actuellement à 10, 11 ou 12 heures. La colère s’est exprimée avec force ces dernières semaines un peu partout en Suisse. «Est-ce trop demander de ne pas vouloir laisser sa vie pour son employeur?» s’interrogeait il y a peu le président des maçons d’Unia Fribourg. Non, ce n’est pas trop demander.

Car il s’agit bien de cela. De la vie d’hommes qui mettent déjà leur existence en péril pour construire nos routes, nos ponts, nos maisons, nos écoles, nos hôpitaux. Ce combat, ils le mènent non seulement pour eux et leur famille, mais pour tous les salariés du pays, en défendant une Convention nationale forte, fondement de tout l’édifice des conventions collectives. Ce vendredi 9 novembre, de nouvelles négociations sont prévues. Si la SSE persiste dans son attitude, la lutte risque de reprendre de plus belle. Et les maçons auront besoin de la solidarité de tous.