Une reprise jugée prématurée

Salon de coiffure.
© Neil Labrador

Le 27 avril, certaines activités, notamment la coiffure, ont pu redémarrer en Suisse.

Le 27 avril, certaines activités, notamment la coiffure, ont pu redémarrer en Suisse. Trop tôt pour Unia, qui juge les contrôles encore insuffisants et la situation sanitaire fragile

Le déconfinement helvétique a commencé. Depuis lundi, cabinets médicaux, physiothérapeutes, salons de coiffure, instituts de beauté, fleuristes et jardineries ont été les premiers à pouvoir rouvrir leurs portes. Des activités qui, selon le Conseil fédéral, impliquent «peu de contacts directs, n’occasionnent pas de flux importants de personnes et pour lesquelles il est facile de mettre en place des plans de protection». En théorie, les écoles, les autres magasins et les marchés devraient suivre le 11 mai.

Contrôles insuffisants

A Genève et Vaud, dans le top 3 des cantons les plus touchés par l’épidémie de Covid-19, Unia juge cette reprise prématurée, et les craintes sont vives. Pour Alessandro Pelizzari, secrétaire régional genevois, les raisons pour lever le pied ne sont pas suffisantes. «Nous restons fermes sur nos positions. Si on n’interdit pas les activités non essentielles, il faut au moins garantir que les règles de sécurité soient respectées; or, il y a des branches où cela n’est pas possible, comme la construction.» Ce dernier regrette l’hypocrisie avec laquelle ce dossier est géré. «On permet à certaines activités de rouvrir en confiant complètement aux employeurs la mise en place des mesures de protection, tout en sachant que les contrôles ne sont pas à la hauteur de la situation de la crise actuelle.» Au bout du lac, le responsable syndical estime que l’inspection cantonale du travail a réagi tardivement et fonctionne seulement depuis deux semaines.

Nouveaux cas à prévoir

Même son de cloche dans le canton de Vaud. «Est-ce que le Conseil fédéral s’est assuré que ces activités pourront fonctionner sans mettre en danger la santé des employés et de la population, et que des contrôles sérieux pourront être menés? Je n’ai pas l’impression...» regrette Yves Defferrard, secrétaire régional vaudois. Ce dernier se dit très préoccupé pour les jours à venir. «Même si nous avons finalement pu obtenir des améliorations notoires en matière de contrôles, la situation n’est pas totalement réglée, en particulier dans les magasins. On arrive à peine à stabiliser la situation qu’on rajoute de nouveaux secteurs à contrôler, ce n’est pas gérable.» Plutôt que de rouvrir d’abord et d’aviser ensuite, le syndicaliste préconise l’inverse. «Cela devrait être aux employeurs de faire la démonstration qu’ils peuvent mettre en place les mesures de sécurité nécessaires pour pouvoir ouvrir.» Yves Defferrard s’attend à revivre une semaine intensive au niveau syndical. «Entre ceux qui ne seront pas ou mal équipés, et ceux qui n’auront pas eu le temps de briefer leurs employés, de nombreuses personnes auront potentiellement été infectées...»

«Les salons ne sont pas prêts»

Si la réouverture des salons de coiffure est théoriquement une perspective positive et un soulagement pour la branche, l’inquiétude est bel et bien présente. «Le mode d’emploi de la réouverture a été annoncé par les autorités fédérales deux jours ouvrables avant la reprise, ce n’est pas sérieux», réagit Véronique Polito, membre du comité directeur d’Unia. «Cela demande du temps et de l’organisation, principalement pour informer correctement les collaborateurs et s’approvisionner en matériel de protection. Une réouverture si rapide n’est pas réaliste.»

Parmi les mesures édictées, on retrouve le respect de la distance des deux mètres de sécurité autant que possible, notamment entre les coiffeurs, un maximum d’un siège sur deux occupé, l’obligation de porter des masques pour les coiffeuses et les clients lors du service, de se procurer des visières pour les prestations en face à face ou encore le lavage des ustensiles après chaque client.