Vent de révolte tous azimuts

Un vent de dégagisme souffle sur la planète. L’année qui se termine a connu des bouleversements sociaux et politiques majeurs. Des mouvements encore en cours pour nombre d’entre eux. Un mécontentement général qui s’exprime partout. En Amérique latine avec les insurrections populaires en Equateur, au Chili ou encore en Colombie. Dans les Caraïbes avec le soulèvement du peuple haïtien. A la source de ces révoltes, les politiques néolibérales appauvrissant la population et pillant les richesses locales. A Hong Kong, depuis neuf mois, des millions d’étudiants et de travailleurs défient le pouvoir et exigent la démocratie malgré la répression qui s’abat sur eux et les milliers d’arrestations. Au Liban, c’est aux cris de «Dégagez tous, et quand on dit tous, c’est tous!» que la population se dresse contre une élite politique corrompue. En Irak, le peuple paie un lourd tribut à sa révolte, avec 400 morts. Mais le régime n’a pas réussi pour autant à faire taire la contestation et la volonté d’en finir avec un gouvernement incapable de répondre aux besoins des habitants, déjà fortement impactés par les guerres pour le contrôle des ressources pétrolières de la région. En Algérie, depuis dix mois, la population descend massivement dans la rue, contre un régime failli dont ils demandent la disparition. Vendredi passé, 53e vendredi de manifestations, des millions d’Algériennes et d’Algériens s’étaient à nouveau mobilisés pour dénoncer la parodie d’élection présidentielle de la veille, et exiger une véritable démocratie, alors que les arrestations arbitraires se poursuivent.

L’Europe n’est pas en reste. Avec les centaines de milliers de Catalans envahissant les rues de Barcelone pour protester contre la condamnation, de 9 à 13 ans de prison, de neuf dirigeants indépendantistes ayant organisé un référendum d’autodétermination. En Italie, depuis peu, des milliers de «sardines» s’agglutinent sur les places des grandes villes pour s’opposer à la politique d’extrême droite du dirigeant de la Ligue, Matteo Salvini, qui cherche à reconquérir le pouvoir. En France, la grève lancée il y a deux semaines pour le retrait de la réforme des retraites se poursuit. Les Gilets jaunes, dont beaucoup prédisaient fin 2018 qu’ils ne passeraient pas le cap de la nouvelle année, sont toujours là et se joignent au mécontentement général suscité par la réforme.

En Suisse aussi, le ras-le-bol s’est exprimé à plusieurs reprises. Celui des femmes qui, le 14 juin, ont été plus de 500 000 à sortir dans la rue pour que l’égalité salariale entre enfin en force et que leurs droits soient respectés. Les jeunes ont été les premiers à battre le pavé lors des grèves et manifestations pour le climat, mobilisation qui a culminé en septembre avec 100 000 personnes défilant dans les rues de Berne. Du jamais vu jusque-là! Un mouvement massif, traduit dans les urnes par la forte poussée des Verts et les pertes des partis gouvernementaux. Mais pas de révolution au Palais. La semaine dernière, cette effervescence n’a pas trouvé d’écho dans un changement de la formule magique au Conseil fédéral. Le léger glissement à gauche du Parlement n’a pas ébranlé l’ordre établi. Mais la colère murit. En 2020, les syndicats seront en première ligne, avec leur soutien à la grève du climat du 15 mai, de nouvelles mobilisations féminines et une possible manifestation sur les salaires en septembre. Le vent soufflant sur la planète pourrait bien aussi atteindre la Suisse…