XPO Logistics: lutte payante!

Grèvistes victorieux arborant plusieurs drapeaux Unia.
© Eric Roset

Au terme d’une grève historique par sa durée et son intensité, les employés de XPO Logistics toucheront des indemnités de départ liées à leur âge, leur taux d’occupation et leur ancienneté dans l’entreprise.

Après presque trois semaines de grève, les employés de XPO Logistics, soutenus par Unia, ont décroché un plan social. Seule une partie des emplois a pu toutefois être maintenue

«C’est un résultat important. Et pour les travailleurs et pour le mouvement syndical en général.» Secrétaire syndical en charge du dossier XPO Logistics, Umberto Bandiera se félicite de l’issue intervenue après un bras de fer musclé entre le personnel et la direction. Au terme de près de trois semaines de grève, les employés de la multinationale américaine ont en effet obtenu un plan social tenant compte de leur l’âge, de leur taux d’occupation et de leur ancienneté dans la société. Une petite partie des postes de travail a aussi pu être sauvée. Rappelons que l’entreprise avait, en mai dernier, procédé au licenciement collectif de 31 personnes pour la fin juillet. Cette décision faisait suite à l’annonce des boulangeries Pouly, propriété de Fournil Romand SA et unique client de XPO Logistics à Satigny, de résilier son contrat avec son sous-traitant, chargé des livraisons. En l’absence d’un accord social, les collaborateurs avaient alors entamé, le 29 juin, une grève qualifiée par le syndicaliste d’historique par sa durée et son intensité. Le dialogue avait ensuite repris entre les différents partenaires, sous l’égide du conseiller d’Etat Mauro Poggia, responsable du Département de la sécurité, de l’emploi et de la santé, appelé par Unia à jouer le rôle de médiateur. Plusieurs séances ont ainsi eu lieu dès le 6 juillet jusqu’à la convention trouvée, le 20 juillet dernier. La grève a ainsi été définitivement arrêtée.

Parti de zéro...

«La lutte a payé. Les revendications d’indemnisation des grévistes ont été entendues, grâce à leur courage, leur solidarité et leur détermination. C’est une victoire d’autant plus remarquable que nous sommes partis de zéro et au regard de la difficile conjoncture actuelle», insiste Umberto Bandiera, qui salue aussi l’implication de parlementaires de gauche venus manifester leur soutien lors des piquets de grève. Le représentant d’Unia n’en demeure pas moins critique face au combat acharné qu’a dû mener le personnel pour parvenir à cet épilogue. «Au-delà des différends avec XPO Logistics, cette grève a mis en évidence l’impérative nécessité de surveiller la manière dont sont utilisées les RHT (réduction d’horaire de travail, ndlr). Cette mesure est importante pour éviter la perte d’emplois, mais certaines entreprises n’utilisent pas l’argent public pour cette finalité et préfèrent réaliser des économies sur les salaires. Nous demandons une réflexion sérieuse sur le système d’attribution des RHT et exigeons des entreprises bénéficiaires qu’elles maintiennent les postes de travail.» Le collaborateur d’Unia dénonce aussi le fait qu’il aura fallu une longue grève pour décrocher un plan social alors que l’obligation de négocier ne devrait pouvoir être contournée.

Améliorer la protection des salariés

«Une réforme du Code des obligations en matière de licenciements collectifs s’avère indispensable. Il est urgent d’abaisser le nombre d’employés, fixé actuellement à 250, pour contraindre une entreprise à entrer en matière sur un plan social. Cet article de loi a été introduit en 2014 pour différencier les PME des grandes sociétés. Il était supposé, selon les autorités, n’engendrer aucun problème mais il constitue une véritable barrière comme on l’a constaté avec le cas d’école de XPO Logistics.» De façon générale, Umberto Bandiera juge la protection des travailleurs insuffisante. «La stratégie industrielle poursuivie par Pouly et son sous-traitant qui, en misant sur ce seul client, a pris un risque énorme, n’a pas porté ses fruits. Mais dans tous les cas, ce n’était pas aux livreurs d’en payer le prix.»