Le prix du métal rouge au coeur du conflit des mineurs chiliens
Retour sur la grève des mineurs d'Escondida qui a duré trois semaines et rapporté gros

Le prix du cuivre s'envole. Les bénéfices des compagnies minières sont faramineux. Au Chili, les mineurs de la mine d'Escondida ont gagné leur grève contre l'un des patronats les plus durs d'Amérique latine. Mais cette hausse du prix du cuivre a aussi des répercussions chez nous, à la Boillat notamment. Tour d'horizon.


Au Chili, comme en Suisse et dans les autres pays du monde, les travailleurs veulent toucher leur part des énormes bénéfices dégagés dans certains secteurs économiques. Le Chili vient de connaître l'un des plus importants conflits de ces 20 dernières années: la grève de 3 semaines des mineurs de la plus grande mine de cuivre du monde, la mine d'Escondida, située à 3000 mètres d'altitude dans la cordillère des Andes, au nord du Chili. Cette mine privée, aux mains des groupes anglo-australiens BHP Billiton et Rio Tinto et du japonais Mitsubishi, produit 3500 tonnes de cuivre par jour. Les 2052 mineurs syndiqués d'Escondida, soit le 98% des effectifs, ont débuté leur grève le 7 août dernier face à l'impasse dans laquelle se trouvaient les négociations de renouvellement de leur convention collective. La direction n'ayant pas daigné prendre en compte le projet de convention du syndicat et souhaitant baisser les salaires mensuels au profit de primes de risque. De leur côté, les travailleurs exigeaient une augmentation de 13% de leur salaire de base et un bonus de 30000 dollars (!!!) en raison de la flambée des prix du cuivre sur le marché et des dures conditions de travail, en altitude et loin de leur famille. Depuis 2003, date de la signature de leur dernière CCT, le prix du cuivre est en effet passé de 1600 dollars la tonne à 6000 dollars en moyenne aujourd'hui.

25 jours de grève
Durant la grève, la production a baissé de 60%, la loi chilienne autorisant le recours à des travailleurs temporaires. Elle a même cessé au cours de la 3e semaine en raison d'affrontements entre grévistes et policiers. Mais la solide organisation des travailleurs, leur détermination, l'intervention des autorités chiliennes, a permis de forcer la direction à conclure une nouvelle convention collective et à octroyer une augmentation de salaires de 5%, un bonus de 17000 dollars pour chaque travailleur et la possibilité d'obtenir un prêt sans intérêt de 3800 dollars.
L'activité de la mine a repris début septembre, mais la grève laisse des traces dans le pays qui produit 37% du cuivre mondial. Cet automne, des négociations de contrats collectifs touchant 6200 mineurs de la compagnie publique Codelco vont débuter. Les syndicats ont déjà annoncé qu'ils voulaient obtenir autant ou plus que les mineurs d'Escondida.

Forte demande
Le conflit à la mine d'Escondida, qui produit 8% du cuivre mondial et le quart de la production chilienne, a aussi fait frémir les marchés internationaux. Durant la grève, le prix du cuivre a grimpé à 8000 dollars la tonne. Si le cuivre, métal conducteur utilisé notamment dans l'électronique, l'automobile et la construction, a pris l'ascenseur, c'est d'abord en raison d'une forte demande, provenant en particulier de Chine. Il y a dix ans, la Chine ne consommait que le 10% de la production mondiale de cuivre alors qu'aujourd'hui, à cause de sa forte croissance, elle en consomme le double.
Une analyste financière* évoque aussi la pression des mouvements des travailleurs comme l'une des causes de l'envolée du prix du cuivre. Au Mexique ce printemps, des mineurs s'étaient aussi mis en grève pour réclamer de meilleures conditions de travail.

Sylviane Herranz

* Voir www.leblogfinance.com/2006/04/_cuivre_et_zinc.html

La chronique du conflit, en espagnol, sur le site du syndicat N°1 des travailleurs de la mine d'Escondida: www.sindicatoescondida.cl



Cynisme patronal

En pleine grève, le 23 août, le groupe BHP Billiton qui détient les 57,5% des actions de la mine d'Escondida, annonçait offrir 3 milliards de dollars à ses actionnaires. Une augmentation de 29% du dividende! En une année, le géant mondial a engrangé un bénéfice net de 10,5 milliards de dollars, dopé par la hausse du cuivre et des autres métaux de base. La part de bénéfice de la mine d'Escondida s'élève à 2,6 milliards de dollars, contre 1,1 milliard un an plus tôt.
L'augmentation et les bonus demandés par les mineurs au début de la grève, soit 13% et 30000 dollars, n'auraient coûté au groupe que 60 millions de dollars, à peine 2,3% du bénéfice de 2600 millions engrangé par leur travail...

SH



 

Edition n° 37/38 du 13 septembre 2006

 
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