Les patrons bouchers perdent la boule!
Les uns délocalisent sans vergogne, les autres s'attaquent aux conditions de travail

La semaine dernière, nous écrivions que la révolte grondait chez les bouchers de Bell à Genève. Avec raison puisque Coop, qui a repris cette société il y a dix ans, refuse de leur accorder le plan social qu'il applique à son personnel. Cette semaine, ce sont les bouchers de Del Maître, société imbriquée dans les Laiteries Réunies, qui serrent leurs outils à équarrir entre leurs dents. Leur direction a décidé de supprimer des emplois, de revoir à la baisse les conditions de travail et de signer une convention collective avec une association fantôme, inconnue dans le canton, l'Association suisse du personnel de la boucherie (ASPB).
Ainsi, alors qu'aux dernières nouvelles, aucun boucher de Del Maître n'était membre de cette association qui ne dispose pas de permanent à Genève, la direction a concocté un projet de nouvelle CCT qu'elle a adressé à ses employés en leur demandant de bien vouloir prendre contact avec un certain Arthur Rossetti, secrétaire central de l'ASPB. Car qui dit nouvelles conditions de travail dit aussi résiliation des contrats. Dans la foulée, Del Maître annonce qu'elle ne discutera plus des intérêts collectifs de ses employés avec les syndicats Unia et Sit, signataires jusqu'ici de la convention.

Del Maître prié de négocier
Les décisions prises par Del Maître sont choquantes. Elles deviennent scandaleuses, et irriteront sans doute les autorités, une fois qu'Ana-Bel Martinez aura expliqué que les syndicats ont aussi reçu le 5 septembre, le jour même de l'annonce par Del Maître de la résiliation des contrats, les recommandations de la Chambre des relations collectives de travail (CRCT). On se rappelle en effet que les syndicats avaient saisi cette instance suite à la décision prise par Del Maître de rompre les négociations destinées à renouveler la convention collective. «Les recommandations formulées par la CRCT nous sont favorables, la Chambre estime que la direction doit nous reconnaître comme partenaires et nous permettre d'effectuer notre travail. De notre côté, nous devons veiller à ne pas perturber la production, ce qui n'est jamais le cas dans les entreprises qui respectent leurs salariés et leurs syndicats.» Cerise sur le gâteau ou persil dans le groin: la CRCT recommande encore à l'employeur de ne pas dégrader la situation du personnel, ce qu'il vient de faire. Commentaire de la syndicaliste Unia: «En quelques heures, les patrons de Del Maître sont sans doute parvenus à se mettre toute la République sur le dos: les salariés, les autorités et les syndicats. Nous gagnerons, l'association bidon des bouchers ne passera pas et les conditions de travail seront défendues bec et ongles.»

Caramba, encore raté...
Les Laiteries Réunies, propriétaires de Del Maître, ont annoncé à la presse, toujours le même jour, qu'elles avaient décidé de s'associer avec la Boucherie Brönnimann, sise à Carouge. Raison invoquée: «devenir le principal fournisseur gastro de la région lémanique». Résultat des courses: des emplois seront supprimés, une partie du personnel transféré dans la nouvelle société et des licenciements ne sont pas exclus. Il va de soi pour l'employeur que les personnes transférées verront aussi leurs conditions de travail revues à la baisse. En agissant ainsi, l'employeur imagine peut-être se débarrasser de la CRCT qui lui recommande de ne pas «saucissonner» l'entreprise en plusieurs entités ayant chacune sa propre CCT. «Ils pensent pouvoir invoquer des nécessités économiques, une nouvelle stratégie pour parvenir à leurs fins: péjorer les conditions de travail» pronostique Ana-Bel Martinez. «Mais ils se trompent. Lors d'une telle restructuration, la loi les oblige à consulter les travailleurs et les syndicats.»
Et celle qui risque bien de devenir ces prochains jours l'égérie des bouchers de conclure: «Tant que Genève ne sera pas végétarienne, Unia sera aux côtés des bouchères et des bouchers. Qu'ils travaillent chez Bell, chez Del Maître, chez Brönnimann ou chez Tartampion.»
Pour preuve, une assemblée syndicale, réunissant tout ce petit monde, est prévue pour bientôt.

SB



Rien que ça!
Extrait de la lettre reçue par les employés de Del Maître leur annonçant la restructuration de leur entreprise, l'exclusion de leurs syndicats, l'imposition d'une association inconnue ainsi que leurs vraisemblables futures conditions de travail:

«Les changements de conditions se limiteraient ainsi à l'augmentation de la durée du travail hebdomadaire à 43 heures, à la suppression de la pause payée, à la récupération des heures supplémentaires sans la majoration de 25% et à la suppression de l'après-midi de congé le 1er mai ainsi que de la compensation des jours fériés qui tombent sur un jour de congé hebdomadaire (samedi ou dimanche). Pour le personnel d'exploitation, nous envisageons en outre l'introduction d'horaires de travail flexibles, situés entre 5 heures du matin et 21 heures du soir. Par ailleurs, le projet de CCT précise les dérogations applicables aux cadres de l'entreprise. (...) La procédure de consultation débute ce jour 5 septembre et se terminera le 20 septembre.»

Joseph Aeby, directeur
Albert Helbling, Ressources Humaines


 

Edition n° 37/38 du 13 septembre 2006

 
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