Swissmetal refuse tout plan social
Les commissions d'entreprise et Unia saisissent le Tribunal arbitral

En mars 2006, en pleine médiation, la direction de Swissmetal annonçait 112 licenciements. Aujourd'hui, alors que le climat reste très tendu dans l'entreprise et que la direction a réengagé, souvent par l'intermédiaire d'une entreprise de travail temporaire, plusieurs dizaines de ses anciens salariés, les commissions d'entreprise et le syndicat Unia exigent de Swissmetal qu'il signe un plan social en faveur des personnes qui ont perdu leur emploi. Swissmetal a refusé, un tribunal tranchera.



Des délégués des commissions du personnel de la Boillat, Unia, la direction de Swissmetal ainsi que des représentants de l'association patronale Swissmem se sont retrouvés une deuxième fois, pour négocier le plan social des travailleuses et des travailleurs licenciés à Reconvilier durant le conflit. Comme le 13 juillet, lors de la première rencontre, celle du 12 septembre n'a débouché sur aucun accord. Le syndicat a saisi le Tribunal arbitral.
Pour justifier son refus d'indemniser son personnel, Swissmetal prétend que les licenciements sont directement liés au conflit. Martin Hellweg oublie tout simplement que si deuxième grève il y a eu en 2006, c'est tout simplement parce qu'il n'a pas respecté sa parole donnée en 2004 et poursuivi le démantèlement de la Boillat.
Entretien avec André Daguet, l'un des syndicalistes Unia présents à Zurich, le 12 septembre.

Quels sont les motifs invoqués par Swissmetal pour justifier son refus de tout plan social?
Ils racontent depuis toujours que ces licenciements sont dus à la grève. Les travailleurs devraient donc s'en prendre à eux-mêmes, à Unia et aux commissions s'ils ont été licenciés. Parfois la direction prétend aussi qu'elle n'a pas l'argent. Swissmetal est allé jusqu'à proposer que notre syndicat finance en partie le plan social.

Pourquoi n'êtes-vous pas entrés en matière?
Depuis quand revendrait-il aux travailleurs et à leur syndicat d'assumer les responsabilités d'un employeur qui licencie? La décision de licencier a été prise par Swissmetal et nous exigeons simplement le respect de la convention collective qui prévoit des négociations pour atténuer les effets des licenciements collectifs. Mais nous ne sommes pas dupes, derrière cette volonté de faire payer Unia se cache l'ambition de Swissmetal de nous faire porter la responsabilité du conflit, des licenciements. Si tel est le cas, pourquoi Hellweg n'a-t-il toujours pas déposé plainte contre nous? Il sait parfaitement qu'il perdrait devant la justice.

Unia n'est donc pas responsable des licenciements?
Non, évidemment! Les travailleurs avaient signé un accord, après la première grève en novembre 2004 et cet accord n'a pas été respecté. D'où le second conflit, une année plus tard, qui visait à reprendre les négociations. Les travailleurs souhaitaient obtenir des garanties sur l'avenir de leurs usines à Reconvilier. Avant la grève, puis dès le premier jour de grève nous avons demandé la reprise du dialogue. Hellweg a choisi de laisser le conflit s'éterniser, sans doute pour précipiter la fermeture des usines de Reconvilier. Quand, enfin, il a accepté de nous rencontrer à Bienne, c'était encore pour gagner du temps.
Enfin, il faut aussi se souvenir que l'expert indépendant chargé d'auditer l'entreprise après la reprise du travail a indiqué très clairement que les licenciements n'avaient aucun fondement économique, que les carnets de commandes étaient pleins. Swissmetal a finalement dû l'admettre: près de la moitié du personnel licencié en mars travaille à nouveau à la Boillat.

Quel est le montant du plan social que vous exigez?
Nous voulons un plan social tel qu'habituellement accordé dans l'industrie des machines. Nous avons articulé le montant de trois salaires, mais il faut tenir compte aussi de l'âge de la personne licenciée, de sa situation familiale et de son ancienneté. Beaucoup plus donc que les 200000 francs que Swissmetal entend verser à quelques-uns sur des critères opaques, via sa fameuse Fondation en faveur du personnel de l'usine Boillat.

Quelle est la composition du Tribunal arbitral? Quand tranchera-t-il ?
Chaque partie doit nommer un juge, le troisième doit être reconnu par les deux parties. Ce processus est en cours. Quant au délai, c'est tout le problème puisque la procédure peut prendre une année, peut-être même plus. C'est pourquoi nous avons essayé une nouvelle fois de négocier avec Swisssmetal. Mais ce groupe est sourd à tout dialogue.

Propos recueillis par SB

 

Edition n° 39 du 27 septembre 2006

 
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