Les assistantes en pharmacie se mobilisent pour une CCT
Dans le canton de Vaud, Unia a lancé une pétition pour la reprise des négociations

Elles en ont assez de leurs salaires de misère! Les assistantes en pharmacie vaudoises veulent une convention collective qui régisse, comme c'est le cas à Genève, Neuchâtel et en Valais, leurs conditions de travail et reconnaisse leurs qualifications. Leur association, l'AVAP, après l'échec des premières discussions avec la Société vaudoise de pharmacie (SVPh), a mandaté l'automne dernier le syndicat Unia pour qu'il reprenne les négociations. Ce qui s'est fait dès le début de cette année. Mais le 13 septembre, coup de tonnerre dans un ciel pourtant serein: la SVPh décidait unilatéralement de cesser les négociations (voir L'ES du 27 septembre).
Du coup, Unia et ses membres travaillant dans les pharmacies ont lancé une pétition* pour exiger leur reprise, pétition soutenue par l'AVAP. Depuis une dizaine de jours, Unia fait le tour des pharmacies pour récolter les signatures. «Contrairement à ce qu'affirme la SVPh, l'accueil reçu par la pétition montre la volonté des assistantes en pharmacie d'améliorer leurs conditions de travail», affirme Grégoire Junod, secrétaire syndical responsable du dossier. Et cette volonté est exprimée clairement par deux d'entre elles, Louise et Lidia*.

Partenariat avantageux pour tous
Conscientes des difficultés auxquelles font face les pharmacies indépendantes, elles se battent justement pour cette CCT afin que les petites pharmacies puissent faire face à la concurrence des grandes chaînes. «Ce projet de CCT nous motive parce que dans les cantons où existe une convention collective, les pharmaciens ont les mêmes problèmes qu'ici, explique Louise. Nous aimons ce métier, l'ambiance familiale de nos pharmacies qui ne sont pas des usines à débit de médicaments. Notre but est aussi de sauvegarder les pharmacies indépendantes et la qualité de leur service. Cette CCT permettrait de lutter contre la concurrence non éthique qui privilégie les prix bas. Elle permettrait d'avoir un climat harmonieux, de confiance mutuelle, avec un partenariat avantageux pour tous et surtout avec des salaires décents.»

Moins qu'à la Coop
Aujourd'hui, le salaire des assistantes en pharmacie, recommandé par la SVPh, est de 3450 francs, versé 12 fois seulement. En comparaison, le salaire minimum d'une vendeuse avec CFC chez Coop est de 3800 francs plus le 13e salaire. Au bénéfice d'un CFC et d'une excellente formation continue, acquise à leurs frais, les assistantes en pharmacie revendiquent notamment un salaire minimal de 4000 francs plus le 13e salaire. «Il y a beaucoup de mamans, seules ou divorcées dans notre profession, mais aussi des hommes, des apprentis qui auront bientôt des charges de famille, poursuit Louise. Avec les salaires actuels, cela crée des tensions, démotive les employés. Nous voulons que notre qualification et nos compétences soient reconnues à leur juste valeur au niveau salarial. Si le client, avec qui nous prenons le temps de parler, de voir l'interaction possible entre les médicaments, n'a plus cet accueil familial, il se tournera vers les grandes chaînes et ce sera la mort des petites pharmacies.»

Des gens formés, pour les assurances
«Avec des salaires aussi bas, beaucoup d'assistantes qui ont des charges de famille quittent la profession, même si elles ont du plaisir à travailler là. Car une fois payés les impôts, la garde des enfants, etc..., il ne reste plus grand-chose», ajoute Lidia qui soulève un autre problème: vu la formation de qualité des assistantes, elles partent travailler dans les assurances où elles sont bien mieux payées. «On forme aujourd'hui des gens pour les assurances!» s'indigne-t-elle, convaincue de la nécessité d'une bonne CCT.

Sylviane Herranz


Les pétitions peuvent être obtenues auprès de tous les secrétariats Unia du canton.

* Prénoms d'emprunt.

 

Edition n° 44 du 1 novembre 2006

 
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