Déplacements... aux frais du patron!
Unia trouve un arrangement à l'amiable avec une importante société de sécurité pour le règlement des frais de déplacements

Pas d'indemnité pour couvrir les frais de déplacement et le temps y consacré ou alors quelques misérables francs... Rien d'étonnant que Pierre (prénom fictif), employé d'une société de sécurité, s'interroge sur la justesse de la procédure. D'autant plus que, bien que son contrat d'embauche stipule Lausanne comme lieu de travail, l'homme est très souvent appelé à se rendre dans les régions de Bulle et de Montreux. Membre d'Unia, l'agent demande alors au syndicat d'intervenir auprès de son employeur pour éclaircir la question.

La justice saisie, le patron réagit
«En juin dernier, j'ai écrit à la direction pour lui demander qu'elle règle ce problème.» Responsable du dossier, Isabelle Dougoud, juriste à Unia, attire l'attention de l'employeur sur les différentes violations de la loi sur le travail. Cette dernière ainsi que le Code des obligations prévoient en effet la prise en charge des frais de déplacement par l'entreprise si l'employé n'exerce pas son activité sur son lieu de travail habituel. En dépit de ces arguments, la société incriminée traite l'affaire avec légèreté, estimant qu'il s'agit de détails. Pierre ne lâche pas pour autant prise. Soutenu par Unia, il saisit, en septembre dernier, le tribunal. De quoi faire réagir son patron qui cherche alors un arrangement à l'amiable avec le syndicat.

Démarche payante
«Nous sommes contents de la solution trouvée. Le syndiqué va toucher rétroactivement les indemnités auxquelles il avait droit.» Si Isabelle Dougoud est satisfaite de l'issue du dossier, elle modère toutefois son enthousiasme. «Le problème de la couverture des frais touche, dans la branche de la sécurité, un grand nombre de travailleurs.» Dans ce contexte, elle invite tous les employés lésés en la matière à contacter Unia. Une démarche qui peut s'avérer payante. Ayant osé réclamer son dû, Pierre - qui a travaillé un an et demi dans la société - récupérera plusieurs milliers de francs...

Sonya Mermoud



«Je me sens blessé»

Si l'agent de sécurité sort vainqueur du bras de fer avec son ancien patron, il n'en demeure pas moins profondément blessé

Il aura fallu une sacrée dose de courage et de persévérance à Pierre (prénom fictif) pour remporter la bataille avec sa hiérarchie. «Plus j'insistais sur l'irrégularité de la procédure, plus la pression montait» relève Pierre qui, fort de son bon droit, ose toutefois tenir tête au patron. Et pour cause... Effectuant 10 à 18 trajets par mois hors de son lieu de travail à Lausanne, l'agent ne comprend pas pourquoi ses frais de déplacement et le temps qu'il y consacre ne seraient pas remboursés. D'autant plus qu'il ne s'agit pas de dizaines de minutes mais souvent de trajets de deux heures qui s'additionnent à des longues nuits de surveillance. Il signale le fait à ses supérieurs. On lui répond avec ironie, lui laissant entendre que s'il n'est pas satisfait de son sort, il peut toujours prendre la porte. Mais Pierre connaît les lois et sait ses revendications légitimes. Il approche alors la commission du personnel qui le dirige vers Unia. Démarche qu'il entreprend. Mais suite à l'intervention du syndicat, il reçoit un avertissement de la direction: on lui reproche une baisse de qualité dans son travail. Il est menacé de licenciement. Pour Pierre, il ne fait aucun doute qu'il s'agit de représailles... Au final, il aura fallu le concours d'Unia puis le recours à la justice pour infléchir la direction. «Tout seul, je ne serais pas parvenu à mes fins. L'employeur profite de la méconnaissance des lois de ses collaborateurs et de leur appréhension de perdre leur poste.» Très satisfait du travail d'Unia et de l'issue du dossier, Pierre n'en demeure pas moins profondément déçu par l'attitude de l'employeur. «Si je suis content? Je me sens surtout blessé. Cette manière d'agir fait des dégâts. Et je ne vais quand même pas remercier la société de me rembourser ce qui m'est dû. Il ne s'agit pas d'un geste qu'elle aurait fait...» Quoi qu'il en soit, Pierre a aujourd'hui quitté l'entreprise, ne supportant plus «ses infractions à la loi sur le travail» et la manière dont elle traite ses collaborateurs. «J'en ai eu assez. Il n'y avait pas de respect de la personne», relève l'ex-agent qui a retrouvé un emploi dans un tout autre domaine. Adieu les «horaires de fou», la difficulté à récupérer de sa fatigue au terme, trop souvent, de six nuits de surveillance d'affilée de 11 heures, sans compter les trajets. Mais là, on touche encore à un autre problème...

SM


 

Edition n° 45 du 8 novembre 2006

 
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