Une CCT aux urgences!
Le salaire des assistantes médicales genevoises ne doit pas baisser

Un âne suivi par 200 blouses blanches pour une manifestation pas comme les autres pour les permanentes et les permanents d'Unia plus habitués à encadrer les maçons que les assistantes médicales. Une manifestation réussie en tout cas grâce à l'impressionnante mobilisation de ces femmes qui refusent de travailler plus et de gagner moins.

Masque sur la bouche, bande sur la tête, banderolles bien en évidence, le tout sans faire trop de bruit pour ne pas déranger les patients, les assistantes médicales genevoises ont manifesté le 20 novembre sous les fenêtres de l'Hôpital cantonal qui accueillait ce soir-là l'assemblée générale des médecins du canton.
«Notre convention collective date de 1989, martèle Sandrine Collé; depuis elle a été plusieurs fois renégociée. Nous avons toujours pu discuter. C'est la première fois que cela se passe mal.» Une heure plus tard, la présidente de l'Association genevoise des assistantes médicales (AGAM) aura été rassurée par une partie des employeurs... Comme quoi les patrons des médecins du bout du lac auraient mieux fait de prendre le pouls de la situation avant de souhaiter faire payer aux assistantes les changements de tarifs qui interviennent dans la profession.

Gonflés, les toubibs!
Si dans certains métiers il faut déchiffrer les cahiers de revendications des employeurs pour dénicher les pièges qui s'y trouvent, les toubibs genevois ont au moins le mérite d'être clairs.
Ainsi, alors que ces femmes travaillent 40 heures par semaine et qu'une assistante diplômée gagne 4440 francs à ses débuts et 5267 francs pour les mieux rémunérées, voici ce qu'écrivait le 2 novembre l'association patronale aux assistantes et à Unia chargé de négocier la CCT: «Nous souhaiterions que la durée du travail soit fixée à 42 heures.» «Il est apparu que les écarts entre les rémunérations proposées sur le canton de Genève et celles proposées sur le canton de Vaud avoisinent les 20%. L'AMG considèrerait raisonnable (...) de ramener progressivement cet écart à 10%». Pas raisonnable du tout ont répondu sous forme de pétition 535 assistantes, fâchées que les médecins tentent aussi d'amputer une partie de leurs acquis lors d'une maternité ou d'une adoption.

Applaudies !
Ainsi, l'autre soir, les médecins n'avaient pas entamé leur ordre du jour qu'ils devaient accueillir une délégation des manifestantes. «Ils ont été corrects, résume Jamshid Pouranpir; nous avons pu nous exprimer à la tribune.» Mieux, le syndicaliste Unia jure ses grands dieux que de nombreux participants ont applaudi la résistance de leurs employées.
Difficile de savoir s'il s'agit d'une manœuvre patronale ou du souhait des autorités de trouver rapidement une conclusion à ce début de conflit, en tout cas à peine de retour dans leurs cabinets, les assistantes apprenaient que leur association et Unia étaient convoquées, comme les patrons, le 5 décembre par la Chambre des relations collectives de travail. Commentaire de Jamshid Pouranpir: «Tant pis si cette démarche nous interdit toute nouvelle action de protestation, à condition qu'un accord intervienne très rapidement. Sinon, la convention ayant été dénoncée au 31 décembre, les assistantes se retrouveront sans protection.»

Serge Baehler



Au bord du gouffre, les médecins genevois?

L'Association des médecins du canton de Genève (AMG) a dénoncé la convention collective des assistantes médicales prétextant la baisse de 2 centimes du point Tarmed. Tarmed? C'est ce nouveau système de tarification médicale, entré en vigueur dans toute la Suisse en janvier 2004. Chaque acte médical y est défini par un nombre de points spécifiques. La facture est ensuite calculée selon la valeur du point qui peut varier d'un canton à l'autre. Cette valeur est en effet négociée dans chaque canton par les médecins, hôpitaux et assureurs. Elle se situe entre 78 ct. en Valais et 99 ct. dans le Jura. A Genève, les négociations s'étant soldées par un échec, c'est le Conseil d'Etat qui a actionné le couperet: 2 ct. de moins dès le 1er juillet 2006, soit 96 ct. le point au lieu de 98 ct. Ce qui représente, disent les médecins, 2 à 2,5% de baisse de leur chiffre d'affaires. Mais les médecins genevois ont déjà une des valeurs de points Tarmed les plus hautes de Suisse et, selon le Groupe Mutuel, les coûts des consultations sont beaucoup plus élevés à Genève. En 2005 par exemple, une consultation chez un généraliste genevois coûtait 180 francs contre 132 francs dans le canton de Vaud, pour une valeur de point identique... Les médecins genevois ne sont donc pas à plaindre. Ils veulent pourtant tailler à la hache dans les acquis des assistantes médicales en baissant les salaires de 10% et en augmentant leur durée de travail... Inacceptable!

SH



 

Edition n° 48 du 29 novembre 2006

 
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