Les menaces de Swissmetal contre Unia sont infondées!
Le groupe métallurgique a porté plainte avant de reculer. La réaction du syndicat

Le 6 décembre, la Neue Zurcher Zeitung annonçait que Swissmetal avait porté plainte, un mois plus tôt, contre Unia pour cause de grève à la Boillat. Le même jour le groupe confirmait l'information en estimant son préjudice à 10 millions de francs. Le «hic» c'est que la veille, le 5 décembre, l'avocat de Swissmetal avait écrit au Tribunal pour lui demander de suspendre la plainte. Moralité: Swissmetal gère ses rapports avec la justice comme sa stratégie industrielle: au pifomètre.

Le groupe Swissmetal cherche à faire payer au syndicat Unia les pots qu'il a lui-même cassés. C'est en substance la réaction qui prévalait au sein de la direction du syndicat, à l'annonce de l'intention du groupe métallurgique soleurois de réclamer à Unia des dommages et intérêts de 5 à 10 millions de francs pour la grève survenue en janvier dernier. «Cette grève n'a pas été lancée par Unia mais par le personnel et c'est Swissmetal qui en porte l'entière responsabilité», commentait André Daguet, du comité directeur Unia, avant de prendre connaissance du gel de la plainte. «En effet, la direction de Swissmetal a rompu l'accord qu'elle avait passé avec le gouvernement bernois et les représentants du personnel de la Boillat.» Pour mémoire, le groupe métallurgique s'était alors engagé à nommer un directeur de site à Reconvilier, à y renforcer l'encadrement des ressources humaines, à assurer au sein de la direction générale une représentation équitable de Reconvilier et Dornach. Or, toutes ces promesses écrites se sont volatilisées. Pire, la direction avait à l'époque promis à la conseillère d'Etat bernoise Elisabeth Zölch, de reconsidérer sa volonté de fermer le secteur fonderie à Reconvilier, avant de se raviser et de revenir sur cette promesse. Ce sont toutes ces promesses non tenues, les brimades envers le personnel, l'annonce de licenciements et le refus de dialoguer qui ont poussé le personnel dans ses derniers retranchements. «Les dirigeants de Swissmetal ne peuvent pas invoquer la paix du travail alors qu'ils ont tout fait pour la casser, pour rendre le conflit inévitable», constate un employé de la Boillat.

La faute à Swissmetal
«Une fois la grève déclenchée spontanément par le personnel, notre devoir était bien sûr de soutenir nos syndiqués», précise André Daguet. «Et dans ce contexte, nous avons vraiment tout fait pour tenter d'arriver le plus rapidement possible à une solution. C'est nous qui avons demandé au conseiller Joseph Deiss d'intervenir, nous qui avons poussé pour une médiation, au point de nous exposer aux critiques d'une partie des grévistes. A l'opposé, la direction de Swissmetal a multiplié les provocations. Au lieu de chercher des solutions, elle a licencié séance tenante 112 personnes et la totalité des cadres de la Boillat. Elle porte ainsi la responsabilité de la grève.» Selon le coprésident d'Unia, Renzo Ambrosetti, Swissmetal cherche à faire payer à Unia ses «propres décisions qui se sont révélées catastrophiques pour l'entreprise». Preuve le rapport de l'expert Jürg Müller, mandaté par le médiateur Rolf Bloch pour analyser la situation de l'entreprise a, selon André Daguet, «confirmé le fait que les critiques du personnel et des cadres envers les décisions de la direction étaient tout à fait justifiées: c'est bel et bien les licenciements massifs et les mauvaises décisions du management qui sont lLa fin d'un symbole identitaire
Toujours en relation avec «La Boillat» mais sur un autre sujet, Philippe Oudot, journaliste au Journal du Jura, annonce dans son article «Poche de résistance insupportable», paru le 28 novembre dernier, la fermeture de la cantine de l'usine, La Lingotière. Pour le rédacteur, cette clôture représente plus qu'une simple mesure d'épargne prise par la direction. «(...) Au-delà de cette économie de bouts de chandelle, c'est aussi - et peut-être surtout - ce symbole identitaire que Martin Hellweg a voulu briser. Car tout au long du bras de fer entre le personnel du site de Reconvilier et la direction de Swissmetal, La Lingotière a toujours été un refuge pour les révoltés de la Boillat. Un havre de paix où ils étaient accueillis à bras ouverts, où ils se sentaient les bienvenus et se retrouvaient avec plaisir. A l'évidence, l'idée d'avoir une telle poche était insupportable pour le CEO (ndlr: chef exécutif).» L'ES


Swissmetal bluffe comme toujours!
Coup de théâtre quand, en fin de semaine dernière, Unia apprend que Swissmetal avait déjà demandé à la justice de suspendre sa plainte, déposée le 7 novembre, quand le groupe se vantait dans la presse de vouloir obtenir réparation. Commentaires désabusés de Nico Lutz, porte-parole d'Unia: «Apparemment, le management de Swissmetal ne sait pas lui-même ce qu'il veut. Il gère ses relations avec la justice comme sa stratégie industrielle: au pifomètre.»

PN/SB



La fin d'un symbole identitaire

Toujours en relation avec «La Boillat» mais sur un autre sujet, Philippe Oudot, journaliste au Journal du Jura, annonce dans son article «Poche de résistance insupportable», paru le 28 novembre dernier, la fermeture de la cantine de l'usine, La Lingotière. Pour le rédacteur, cette clôture représente plus qu'une simple mesure d'épargne prise par la direction. «(...) Au-delà de cette économie de bouts de chandelle, c'est aussi - et peut-être surtout - ce symbole identitaire que Martin Hellweg a voulu briser. Car tout au long du bras de fer entre le personnel du site de Reconvilier et la direction de Swissmetal, La Lingotière a toujours été un refuge pour les révoltés de la Boillat. Un havre de paix où ils étaient accueillis à bras ouverts, où ils se sentaient les bienvenus et se retrouvaient avec plaisir. A l'évidence, l'idée d'avoir une telle poche était insupportable pour le CEO (ndlr: chef exécutif).»

L'ES





 

Edition n° 50 du 13 décembre 2006

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page