Cent pour cent rap
Employé à la caisse de chômage d'Unia, Ivan Manca est aussi rappeur. Pour le meilleur, comme en témoigne son premier CD

Talents dévoilés... Pantalons et T-shirt amples, baskets, diamants aux oreilles - des faux, mais qui font tout leur effet - Ivan Manca possède en outre une double casquette. La journée, il travaille pour la caisse de chômage d'Unia. Le soir, il compose des textes. Rappeur dans l'âme comme dans le look, cet homme de 32 ans vient de sortir son premier album, Golden Age. Un CD joyeux et triste, tendre et dansant, qui ne manque ni d'allant ni de profondeur. Un poème urbain où riment thèmes actuels et envolées de l'auteur qui puise dans son vécu la matière première à son inspiration.

Sincère...

«Je raconte ce qui m'arrive, ce qui me touche. Je n'ai d'autre souci que celui de rester crédible», précise Ivan Manca. Qu'il parle des liens très forts l'unissant à sa famille ou de problèmes de société comme l'immigration ou le chômage, le jeune compositeur d'origine italienne le fait toujours avec sincérité. Et avec une sensibilité emprunte de spontanéité et de naturel qui donne de l'étoffe à ses textes. Mais les messages de tolérance et de respect diffusés entre les lignes ne boudent pas pour autant une certaine légèreté que revendique aussi le rappeur. Refusant de se laisser enfermer dans un registre en particulier, le jeune homme émaille son répertoire de compositions festives et résolument positives. Plage d'expression à son tempérament ouvert, latin, que le parolier timide, ne manifeste pas toujours au quotidien... «Je fais de la musique, pas de la politique», note Ivan Manca qui, déjà adolescent, titillait volontiers la plume.

Une énergie positive
«J'ai toujours aimé écrire. A l'école, je prenais un réel plaisir aux rédactions.» Un penchant qui ne dispense pas le rappeur de faire ses gammes. Car si Ivan Manca ne connaît pas le vertige de la page blanche, il s'exerce tous les jours à son art. Sauf le dimanche, histoire de décompresser. «Même quand je ne me sens pas inspiré, je m'efforce de travailler. L'écriture est pareille à une discipline sportive. Plus tu pratiques, mieux ça va. Et avec le temps, il y a de moins en moins de déchets.» Un lecteur CD, une feuille et un stylo: la simplicité du matériel requis a certes joué un rôle dans le choix d'Ivan Manca pour le rap mais c'est surtout la philosophie propre à ce genre musical qui l'a séduit. «Le rap, je le vis à 100%. Il transforme l'énergie négative en positive. Il a offert une dimension créative à d'innombrables jeunes de la rue. Surtout à son origine», affirme Ivan Manca qui, baignant dans cette culture depuis ses débuts a voulu - à travers le titre de son CD l'Age d'or - faire un clin d'œil à cette époque. Une période (entre 1988 et 1992) où l'on photocopiait les rares articles d'artistes rappeurs paraissant dans la presse, où la tenue vestimentaire identifiant cette mouvance n'avait pas encore conquis la mode...

A la force du poignet
Pas de nostalgie toutefois chez Ivan Manca qui, bien que n'étant pas dupe de la récupération commerciale, vit avec son temps. «Je souscris toujours à cet idéal rap, mais mes créations sont actuelles; les musiciens, tous de la région.» Faisant de la musique depuis 1988, le rappeur a eu l'occasion de se produire à de nombreuses reprises en concerts et sur les ondes. La sortie aujourd'hui dans les commerces de son premier album sonne comme une consécration. «C'est super ce qui m'arrive.» Le «cadeau», à la veille de Noël, ne doit cependant rien au hasard, l'employé d'Unia s'étant transformé en homme-orchestre pour parvenir à ce résultat cumulant travail, compositions et démarches de communication. Quoi qu'il en soit, l'artiste rêve aujourd'hui de vendre tous ses disques pour financer le prochain. Mais si la musique occupe dans son existence une place privilégiée, sa compagne et ses enfants passent avant tout. Père de deux gosses de 9 ans et 3 ans, Ivan Manca en parle avec de la lumière plein les yeux. «Je veux leur donner un maximum d'amour. Etre aussi exceptionnel pour eux que l'ont été mes parents pour moi en me montrant patient à leur égard, attentif, en valorisant ce qu'ils font mais aussi en posant des limites...»,  déclare Ivan Manca. C'est désormais le papa qui s'exprime. Plus le rappeur. D'ailleurs Ivan Manca précise: «Je suis leur père, pas leur pote.»

Sonya Mermoud

 

Edition n° 51/52 du 22 décembre 2006

 
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