Cinq films français récents

Beaucoup de films nouveaux, en décembre en particulier; trop de films qui arrivent sur de nombreux écrans qui ne peuvent pas être pris en compte dans une page mensuelle; trop de copies parfois d'un même film disparu aussitôt qu'apparu, sans pouvoir bénéficier d'une bonne méthode de promotion, le bouche-à-oreille: partout on se plaint de l'abondance de l'offre. Des films intéressants, mais qui se ressemblent par un petit côté «qualité française 2006», risquent ainsi de passer inaperçus. Voici quelques lignes qui tentent d'attirer l'attention sur certains d'entre eux, modestement, films placés dans un ordre décroissant de préférence personnelle, du meilleur à l'encore assez bon!

Dans Paris - Christophe Honoré
Dans les années soixante du siècle dernier, vous avez peut-être aimé la Nouvelle Vague du cinéma français, les Resnais, Demy, Godard, Truffaut et tant d'autres? Ou bien, êtes-vous un jeune cinéphile qui a découvert cette grande période d'un cinéma national, pleine de désinvolture, de tendresse, de provocation, d'énergie? Alors vous aimerez ce Dans Paris de Christophe Honoré, né en 1970, qui appartient à la classe «jeune cinéphile» amoureux de la Nouvelle Vague.

Cela se passe là où le titre l'indique. Il y a Jonathan dit Jo (Louis Garrel) qui rencontre plusieurs filles le même jour et la même nuit dans Paris, son frère Paul (Romain Duris) qui ne ressemble pas du tout à Jo et qui déprime après un échec, leur père un peu paumé (Guy Marchand). Louis Garrel ressemble au Léaud de Truffaut quand il jouait Doinel. Romain Duris est un acteur d'aujourd'hui, mal dans sa peau. Marchand c'est ...Marchand.

Et puis voilà, aujourd'hui, dans Paris, grâce à trois personnages et quelques femmes, un jeune cinéaste retrouve une des vertus de la Nouvelle Vague, le plaisir de faire du cinéma, le plaisir de se souvenir du cinéma des années soixante.

Je pense à vous - Pascal Bonitzer
Pascal Bonitzer, né en 1946, est aussi lié à la Nouvelle Vague française à travers sa collaboration avec Les cahiers du cinéma qui fut la revue où Godard, Truffaut, Chabrol et autres Rivette écrivaient sous la houlette d'André Bazin. Il aura pratiqué un peu tous les métiers de l'audiovisuel, en signant par exemple le scénario du récent et remarquable document télévisé consacré à L'affaire Villemin (France 2, six fois 52 minutes).

Je pense à vous s'inscrit sur les traces d'un vaudeville: l'éditeur Hermann (Edouard Baer) vit avec Diane (Géraldine Pailhas) qui fut auparavant la compagne d'un écrivain, Worms (Charles Berling), qui va publier chez Hermann un roman qui met en scène Diane. Celle-ci n'apprécie guère. Anne (Marina de Van, co-scénariste), qui fut avant elle la compagne du même Hermann, vit maintenant avec un psychiatre, Antoine (Hyppolite Girardot), dans les bras duquel Diane se lance se croyant trompée.

Ces bourgeois avec un fort côté bohème, cœurs à gauche, font tourner le ballet du vaudeville à quiproquos. Non sans une certaine gravité, Diane pose une bonne question:un créateur a-t-il le droit de se servir de son passé dans une œuvre quand il met en scène des personnes qui n'ont aucun droit de regard sur son travail? On notera que les hommes ont des métiers plutôt bien décrits alors que l'on ne sait pas grand-chose des occupations des femmes. Ce film, qui fait sourire de manière parfois pincée, a un côté sournoisement sombre.


Hors de prix - Pierre Salvatori
Irène (Audrey Tautou) vit des largesses de vieux messieurs très riches auxquels elle vend ses charmes - et ils sont nombreux, dans des robes peu cachottières. Un jour où elle s'est fait éjecter, elle croit rencontrer un jeune millionnaire, Jean (Gad Elmaleh), qui est en réalité employé dans un luxueux palace de la Côte d'Azur. Elle le plume, mais celui-ci finira par apprendre rapidement comment profiter d'une veuve, elle aussi fort riche. Celui qui fut élève deviendra maître. La veuve pourtant ne sera pas dupe. Tous les vieux ne sont pas ridicules!

Une telle comédie exige beaucoup des comédiens qui sont excellents. Le rythme est bon, même si le film un côté un peu sinistre. Il est emporté par une mise en scène brillante. Jean, en excellent barman, sait jouer au millionnaire qui fabrique pour Irène un exquis cocktail, agrémenté d'un parapluie multicolore en papier. Il suffit de découvrir six parapluies plantés dans les cheveux d'Irène pour comprendre pourquoi le duo d'escrocs titube en sortant d'un ascenseur pour se rendre dans la suite royale du palace. Pierre Salvatori, né en 1962, a beaucoup d'autres idées de mises en scène aussi élégantes que subtiles...


Cà brûle - Claire Simon
Née en 1955, Claire Simon fut d'abord documentariste. Cà brûle n'est que son troisième long-métrage de fiction. Une cavalière de quinze ans tombe de cheval et reste inanimée. Un sapeur-pompier prend soin d'elle. Livia s'éprend de Jean qui ne sait plus très bien comment fuir les avances de cette trop jeune fille, qui ne parviendra pas à ses fins. Voilà pour l'aspect fiction du film.

La documentariste n'est pas absente. Par provocation ou étourderie, Livia allume un incendie de forêt. Nous sommes dans le midi de la France, au cours de l'été 2005, où de nombreux incendies de forêt éclatèrent, combattus par des grands professionnels. Claire Simon a su montrer la puissance fascinante du feu dans son côté réaliste. Mais en même temps, ce feu est porteur d'une dimension symbolique, cette folie qui s'est emparée d'une jeune fille qui rêve d'amour pour un bel homme nettement plus âgé qu'elle.

Cà brûle est un documentaire risqué et un mélodrame excessif. Une histoire plus tragique qu'émouvante.


Le héros de la famille - Thierry Klifa
Thierry Klifa, né en 1964, fut pendant plus de dix ans collaborateur de la revue Studio. Il a donc forgé son intérêt pour le cinéma à travers la critique. Si Pascal Bonitzer passa au moule de la revue prônant le cinéma d'auteur ( cf plus haut Je pense à vous), Klifa aura été nourri aux mamelles du cinéma selon la politique des acteurs. Studio est une revue plus populaire, qui a plus de lecteurs que Les cahiers du cinéma. Il se pourrait que Le héros de la famille attire plus de spectateurs que Je pense à vous.

Gabriel/Gabrielle, à sa mort, lègue ses costumes et sa fortune, surtout composée d'un cabaret à Nice, le Perroquet bleu, à sa famille aux embranchements compliqués. Nicky, (Gérard Lanvin), magicien, fut l'époux d'Alice (Catherine Deneuve) qui a rompu avec son passé. Il a deux enfants, Nino (Michaël Cohen), fils d'Alice et Marianne (Géraldine Pailhas), fille de Simone (Miou-Miou) qui fut sa partenaire. Ajouter à cette belle équipe qui prendra acte du testament de Gabriel/Gabrielle (Claude Brasseur), Fabrice ( Pierrick Lilliu) le petit ami de Nino, Pamela (Valérie Lemercier) la maîtresse de ballet des filles joliment dénudées et Léa (Emmanuelle Béart), nouvelle chanteuse vedette du Perroquet, séduite par Nicky pourtant vieillissant. Chaque acteur va donc pouvoir faire son petit numéro comme sur une scène de cabaret, parfois un peu livré à lui-même. Mais cette sorte d'anthologie du cinéma français d'interprètes ne manque pas de charme. Le ballet des acteurs vaut tout de même mieux que la description du milieu du spectacle et de la sociologie d'une famille décomposée.

Freddy Landry

 

Edition n° 51/52 du 22 décembre 2006

 
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