La traverse helvétique doit régater avec la concurrence européenne
L'entreprise Röthlisberger reste seule en Suisse à produire des traverses en bois imprégnées. Elle a conquis l'Egypte.

Bousculée par la concurrence des traverses en béton et en fer, grignotée par la libéralisation des adjudications publiques, la traverse suisse en bois a dû régater ferme pour éviter le naufrage. A Glovelier, les Etablissements Röthlisberger ont réussi à se maintenir sur ce marché où ils jouent les premiers rôles depuis un siècle. Mieux, ils ont convaincu les chemins de fer égyptiens à faire confiance à ce produit made in Jura.

Pendant 140 ans, elle a régné sans partage sur les chemins de fer du monde entier. Mais depuis quelques décennies, la traverse en bois ne cesse de reculer, sous l'effet de l'acier et du béton qui lui livrent une concurrence acharnée sur fond de bataille des prix. Résultat? La traverse en bois n'occupe plus, en Suisse, qu'un peu plus du tiers du marché, un peu plus que l'acier, mais moins que le béton qui approche 40% du marché.

Libéralisation douloureuse
Aujourd'hui, grâce à une compétitivité accrue, la part du bois est en voie de stabilisation. N'empêche, il ne reste plus sur sol helvétique qu'une seule entreprise à fabriquer des traverses finies et imprégnées: les Etablissements Röthlisberger SA à Glovelier, maison jurassienne fondée en 1897 et intégrée depuis bientôt 40 ans à Corbat Holding. L'entreprise utilise deux essences, le chêne et le hêtre. Ce dernier provient presque exclusivement de Suisse, par le truchement d'une douzaine de scieries réparties dans toute la Suisse, dont celles de Corbat Holding. Quant au chêne, il est pour deux tiers importé. Massif et stable, il est particulièrement adapté aux longues traverses d'aiguillage qui peuvent atteindre jusqu'à 4,70 mètres.
Les deux derniers concurrents helvétiques de Röthlisberger ont disparu dans le milieu des années nonante, non seulement en raison du recul des ventes de traverses en bois mais aussi et surtout sous l'effet de l'ouverture des marchés publics helvétiques à la concurrence internationale, dictée par l'OMC. «Depuis quelques années, les CFF peuvent se fournir là où bon leur semble. Il nous a fallu régater pour tenir le choc et parvenir à proposer des prix soutenant la comparaison avec ceux de nos concurrents européens qui étaient à l'époque d'environ 20% inférieurs aux nôtres», explique Patrick Corbat, directeur du holding. L'entreprise a rationalisé sa production, réduit le coût de ses fournitures et automatisé certaines opérations, comme le montage des attaches métalliques sur les traverses.
Ces efforts se sont révélés payants. L'entreprise jurassienne a non seulement maintenu sa production qui lui permet d'employer une vingtaine de personnes dans ce secteur, mais elle a également décroché en 2004 une commande des chemins de fer égyptiens à l'issue d'un appel d'offre international. Ses exportations de traverses atteignent désormais un volume gravitant entre 10 et 20% selon les années et l'ensemble de la production annuelle de traverses imprégnées équivaut à l'équipement du tronçon Genève-Lausanne.  

Eviter les transports inutiles
L'entreprise jurassienne s'est également vu confier le mandat d'équiper le tunnel Moutier-Granges, suite à la faillite de l'entreprise allemande qui avait obtenu ce travail. Des succès indéniables. Mais pas question pour autant de s'endormir sur ses lauriers. Patrick Corbat anticipe: «Nous devons nous préparer à l'arrivée de nouveaux concurrents d'Europe de l'Est et pour y faire face, il s'agira de garder toujours une longueur d'avance dans la qualité et le respect des critères écologiques.»
Sur ce point précisément, l'entreprise a déjà consenti de gros efforts, notamment en obtenant les normes ISO 9001 pour la qualité et 14001 pour la préservation de l'environnement. Produit d'imprégnation des traverses, la créosote produite à Glovelier est parmi les moins toxiques du marché mondial. Ce produit obtenu par distillation de la houille a été ici expurgé de ses solvants ainsi que d'une bonne partie des composants nuisibles à la santé; sa propension à l'évaporation a également été considérablement réduite. «C'est réjouissant mais nous n'allons pas en rester là: nous menons actuellement des recherches poussées pour mettre au point un produit encore plus écologique.»
Patrick Corbat espère aussi que les entreprises de chemins de fer en Suisse et dans les pays voisins se mettent à tenir compte, dans leur comptabilité, du prix écologique de ce qu'ils commandent. Et pour cause, fabriquer des traverses avec des arbres du pays pour les poser dans le pays équivaut à économiser des trajets considérables, au bénéfice de la qualité de l'environnement.

Pierre Noverraz


Informations sur Internet: www.corbat-holding.ch


 

Edition n° 11 du 14 mars 2007

 
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