Tous virés en quinze minutes!
La direction de Vectron, filiale neuchâteloise d'une multinationale, bat le record de Suisse du licenciement collectif.

Les 25 employés de Vectron Frequency Devices à Neuchâtel, filiale d'un groupe américano-allemand, se sont retrouvés à la porte de leur entreprise en moins d'un quart d'heure, le 9 mars dernier. Huit jours plus tard, ils restaient face à des portes closes. Mandaté par le personnel, Unia dénonce ces méthodes scandaleuses et entend saisir la justice pour licenciement abusif. Le syndicat exige également un plan social. Le canton va dénoncer l'entreprise pour violation de la procédure de licenciement.

«C'est inimaginable, on se demande comment une chose pareille est possible.» Laetitia, opératrice depuis trois ans chez Vectron Frequency Devices, à Neuchâtel, est encore sous le choc de ce triste vendredi 9 mars. Cette matinée-là, le sort des 25 employés de l'entreprise a basculé en quelques minutes. «Le directeur général pour l'Europe nous a convoqués pour nous annoncer qu'il allait fermer notre site pour des raisons de conjoncture. Un quart d'heure plus tard, nous étions tous à la rue. On a dû rendre immédiatement nos clés. Et ils ont changé les serrures.» Son collègue, Christophe, technicien de maintenance, est lui aussi consterné. «Quinze jours avant cela, on nous affirmait que notre avenir était assuré. Et nous avions toutes les raisons d'y croire puisqu'il n'y a pas eu de baisse de travail et que nous avions reçu tout récemment de nouveaux instruments de travail. Se retrouver à la rue, d'une minute à l'autre, sans véritable explication, sans discussion, sans rien, c'est dégueulasse.» A noter que, trois jours avant ce licenciement, le nouveau responsable de l'assemblage avait quitté l'Allemagne pour venir s'établir à Neuchâtel avec sa famille...

Dénonciation en justice
Produisant des composants électroniques pour les filtres à haute fréquence issus des recherches du Centre suisse d'électronique et de microtechnique, Vectron Frequency Devices fait partie de la société allemande Vectron International qui est une unité du groupe américain Dover (32'000 emplois).
«Faut-il croire que les entreprises transnationales sont au-dessus des lois nationales?» s'insurge le secrétaire syndical Pascal Crespin, en charge de ce dossier chez Unia Région Neuchâtel. «Ce qui s'est passé ici est révoltant, choquant, scandaleux. On vide une boîte, on la ferme à clé, et on laisse les employés sur le carreau. Il s'agit non seulement d'un licenciement abusif, d'une violation de la procédure cantonale mais aussi d'une preuve de mépris pour le personnel. C'est du capitalisme boursier, dans sa forme la plus brutale.»
Le syndicat s'apprête à lancer une procédure pour licenciement abusif et va alerter le syndicat allemand IG-Metall. Il exige l'ouverture de négociations pour un plan social. Pour sa part, le canton a annoncé vouloir dénoncer l'entreprise auprès du Ministère public pour infraction à la procédure sur les licenciements collectifs.
Pascal Crespin, accompagné d'un bon nombre des employés licenciés, s'est rendu jeudi dernier au siège de la direction locale de Vectron, à Neuchâtel, pour tenter une fois de plus d'obtenir des explications et d'ouvrir des négociations. Démarche vaine. Personne ne répond aux coups de sonnette. Tout comme personne, jusqu'à ce jour, ne répond au courrier et aux appels téléphoniques du syndicat et des employés.

Pierre Noverraz



Méthodes contestables

Lors d'une conférence de presse donnée jeudi par Unia et le personnel, un ancien employé de Vectron Frequency Devices, Daniel Mühlematter, conseiller général à Boudry, a rappelé les conditions dans lesquelles il a été licencié en février 2006 à l'âge de 62 ans. Engagé chez Temex en 2000, cet employé est muté chez Vectron trois ans plus tard, à la suite du rachat de l'entreprise. «J'étais opérateur micro-électronique en salle blanche. Tout se passait bien. Mon travail était apprécié et reconnu.» Mais tout bascule en été 2005. «On a commencé à se plaindre de mon caractère, à me faire des remarques, à critiquer mon travail, à me rabaisser. Ils ont ensuite profité d'une erreur pour me muter à l'assemblage, un travail dont ils savaient qu'il ne me convenait pas. A partir de là, c'est devenu un véritable cauchemar. On s'acharnait à m'humilier, à me traiter comme un moins que rien. Cela m'a miné le moral et je suis tombé très malade. J'ai refusé une retraite anticipée que l'on me proposait et on m'a licencié. J'ai exigé et obtenu six mois de salaire à titre de réparation.

PN



 

Edition n° 12 du 21 mars 2007

 
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