Les riches toujours plus riches, quant aux pauvres...
En Suisse, les salaires font le grand écart, 670'000 travailleurs sur le carreau

Unia juge scandaleux que les salariés ne profitent pas de l'excellente santé de l'économie. Le syndicat a calculé que les revenus cumulés de quatre patrons suffiraient à faire passer tous les salaires au-dessus de la barre des 3000 francs.

Le 20 mars, les deux coprésidents du syndicat Unia ont présenté à la presse à Berne les nouveaux chiffres sur l'évolution des salaires en Suisse. Renzo Ambrosetti a centré ses critiques sur un fait scandaleux: les salariées et les salariés ne profitent pas assez de la croissance. Une évaluation des 15 premiers bilans 2006 déjà disponibles de grandes entreprises cotées en Bourse laisse entrevoir des bénéfices en augmentation de 30 à 40%. Cerise sur le gâteau, les hauts revenus des directions et des conseils d'administration de ces groupes ont encore bondi de 15%. Ainsi, l'écart entre ces plus hauts revenus et les salaires minimaux s'est encore creusé de 29% ces deux dernières années. Renzo Ambrosetti a ainsi calculé «qu'un travailleur au salaire minimum devra travailler 67 ans pour toucher le revenu annuel moyen d'un membre de la direction d'un groupe côté en Bourse».
Andreas Rieger a, pour sa part, commenté les derniers chiffres complets de l'année 2004 de l'Observatoire de l'emploi de l'Université de Genève. Ainsi selon cette recherche, 670000 personnes en Suisse perçoivent encore des salaires inférieurs à 4000 francs brut qui ne permettent pas de sortir de la précarité. Parmi elles, 300000 doivent se débrouiller avec un salaire inférieur à 3500 francs et 80000 ne touchent même pas 3000 francs pour un emploi à plein temps. «Mettre fin à ce scandale ne reviendrait pas si cher, s'est insurgé Andreas Rieger; les salaires mirobolants de Messieurs Vasella, Ospel, Wuffli et Brabeck cumulés suffiraient à faire passer tous les salaires au-dessus de la barre des 3000 francs.»

Les revendications syndicales
Les deux coprésidents d'Unia ont annoncé une petite révolution. Plus question de négocier en automne, de signer en décembre et d'attendre plusieurs mois avant de formuler de nouvelles revendications. Désormais, c'est toute l'année que les syndicats feront campagne pour faire évoluer les salaires à la hausse. A l'image des 2000 travailleurs de la construction qui faisaient grève le jour même de cette conférence de presse.
Andreas Rieger a exigé une mesure immédiate: plus un seul salaire de misère inférieur à 3000 francs, à terme le même sort devra être réservé aux revenus inférieurs à 3500 francs. Pour parvenir à ces objectifs, le syndicat plaide en faveur de nouvelles conventions collectives de travail étendues à l'ensemble des entreprises d'un même secteur, notamment dans le commerce de détail ainsi que pour des salaires minimaux obligatoires et plus élevés pour les personnes qualifiées. Unia poursuivra aussi sa lutte pour l'égalité salariale, ainsi que pour une augmentation générale de tous les salaires.

L'ES

 

Edition n° 13 du 28 mars 2007

 
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