Les salaires minimaux dans l'horlogerie jurassienne négociés à la hausse, mais...
Ils augmentent de 83 francs. Mais la rémunération minimale des non-qualifiés reste nettement au-dessous des attentes syndicales

Dès ce 1er avril, les salaires minimaux d'embauche dans l'horlogerie du Jura et du Jura bernois sont relevés de 83 francs. Cette augmentation est le fruit de négociations serrées entre le syndicat et le patronat. Eu égard aux performances records de l'horlogerie suisse, les syndicalistes souhaitaient mieux, plus particulièrement pour les non-qualifiés dont le salaire reste beaucoup trop bas. Mais ils n'ont eu d'autre choix que d'accepter ce relèvement de 2,7% ou de repartir sans le moindre centime.

Dur, dur. Les dernières négociations pour la fixation des salaires minimaux d'embauche pour le secteur horloger du Jura et du Jura bernois ont été très disputées. «Il a fallu se battre fermement face au camp patronal qui ne voulait pratiquement rien céder», confirme Eric Bauer, membre de la délégation de négociation du syndicat Unia. Le dialogue s'est révélé d'autant plus animé que la délégation syndicale comptait dans ses rangs un militant, conformément à la décision du comité de l'horlogerie qui souhaitait que l'on entende également la voix de la base pour décrire la réalité quotidienne en entreprises. Le comité a confié ce mandat à Eric Rufi. «C'était une grande première et les négociateurs patronaux étaient désappointés. Visiblement, ils n'ont guère apprécié mais ont fini par tolérer ma présence.» En fait, rien n'oblige le syndicat à limiter sa représentation aux seuls secrétaires syndicaux. «Nous avons le droit de nous entourer d'experts ou de conseillers. Eric Rufi est en ce sens un excellent connaisseur de la CCT et des réalités salariales de la branche. Sa présence était donc légitime et n'avait rien d'une provocation», commente Eric Bauer.

83 francs pour toutes et tous
Au départ, les syndicalistes demandaient que les salaires minimaux d'embauche des personnes non qualifiées passent de 3000 à 3500 francs. Cette proposition fondée sur le souhait du comité horloger d'Unia Transjurane s'est heurté au refus catégorique des patrons. Ces derniers voulaient se limiter à une augmentation de 45 francs. Dès lors, le camp syndical a modulé sa revendication, l'échelonnant sur trois ans, par paliers. Nouveau refus des employeurs, lesquels faisaient valoir que l'accord salarial ne porte que sur une année. Au final, les patrons ont fini par accepter de presque doubler leur mise initiale, autrement dit de concéder une augmentation de 83 francs pour toutes les catégories.
En clair, le salaire plancher d'embauche des non-qualifiés passe de 3000 à 3083 francs (2683 francs pour les moins de 19 ans) et celui des qualifiés avec CFC de 3600 à 3683 francs. Ces nouvelles dispositions sont entrées en vigueur ce 1er avril et resteront valables jusqu'au 31 mars 2008.

Salaires démobilisateurs
Malgré des ambitions bien plus élevées, le comité s'est résigné à signer cet accord. «Nous n'avions pas vraiment le choix, c'était ça ou rien du tout. Nous ne voulions pas courir le risque de tout perdre», note Eric Rufi, avec une pointe d'amertume. «Je me suis attaché à démontrer aux employeurs qu'on ne peut pas vivre décemment au-dessous de 3500 francs. J'ai apporté des calculs prouvant qu'avec 3000 francs brut, même avec 192 francs d'aide à la prime d'assurance maladie, une femme qui élève seule son enfant ne dispose que de 36 francs par jour pour deux personnes pour ses dépenses quotidiennes, nourriture et vêtements compris. Les patrons m'ont répondu qu'ils n'étaient pas là pour faire du social... Moi j'estime que leur rôle est aussi de faire en sorte que ceux qui contribuent à la richesse de l'horlogerie puissent au moins vivre au-dessus du seuil de pauvreté!»
Les bas salaires sont d'autant plus injustifiables que la conjoncture générale est favorable et que les exportations de l'horlogerie suisse battent tous les records, générant des bénéfices sans précédent. Si l'on se référait aux nouvelles dispositions de la dernière CCT de l'horlogerie, les employeurs devraient pourtant tenir compte de ces facteurs pour la détermination des salaires. L'article 17.2 stipule notamment que doivent être pris en considération l'évolution des exportations horlogères, les entrées de commandes, l'évolution des salaires dans les autres branches industrielles et la statistique fédérale sur l'évolution des salaires. «Manifestement, nos partenaires patronaux n'ont tenu aucun compte de cela. Il faudra à l'avenir que ces références ne soient plus seulement une recommandation mais une obligation», précise Eric Rufi. «Autre chose: on nous dit que les employeurs paient en général davantage que le minimum. Or ceci est rarement le cas dans notre région, et plus particulièrement en Ajoie.»
Pour sa part, Eric Bauer rappelle qu'un relèvement des salaires serait dans l'intérêt de tous, patrons compris. «Les métiers de l'horlogerie y gagneraient en attractivité. Le salaire est aussi un facteur important dans les choix des formations et il serait bon de s'en souvenir à cette époque où l'on manque de personnel qualifié dans ce secteur.»

Pierre Noverraz

 

Edition n° 14/15 du 4 avril 2007

 
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