Des apprentis ont construit un marché dans un village du Cameroun
Quatorze jeunes neuchâtelois ont vécu une formidable aventure humaine et professionnelle avec des jeunes ouvriers aficains

Accompagnés de 4 enseignants, 14 jeunes apprentis du Centre professionnel des métiers du bâtiment, à Colombier, ont terminé au début de cette année la construction d'un marché couvert dans le village de Bapa, au Cameroun. Cette expérience visait à valoriser les métiers de la construction mais aussi à favoriser l'esprit d'équipe, la solidarité ainsi que les échanges de savoir-faire entre deux cultures. Un objectif largement atteint.

«C'était encore mieux que tout ce que j'avais imaginé.» Deux mois après son retour d'Afrique, Sébastien est encore sous le charme et l'émotion d'une aventure dont il se souviendra toute sa vie. En janvier dernier, avec treize autres apprentis (dont une fille) et quatre enseignants du Centre cantonal de formation professionnelle des métiers du bâtiment (CPMB), à Colombier, cet apprenti maçon a passé trois semaines au Cameroun à vivre une expérience riche en découvertes et en émotions humaines. Il s'agissait de construire un marché couvert dans le village de Bapa, en collaboration avec les jeunes ouvriers du village et de ses environs.
La paternité de cette démarche revient à Guillaume Perret. Cet enseignant de culture générale au CPMB avait il y a trois ans participé en qualité de conseiller technique à un chantier de coopération à Bapa, sous l'égide de la Fondation Sandoz, au Locle. Et c'est à cette occasion qu'a mûri le projet de construire un marché couvert, un édifice répondant à une nécessité impérieuse dans cette région sujette à une forte pluviosité saisonnière. Guillaume Perret a également eu l'idée d'associer les apprentis. Après avoir convaincu le CPMB du bien-fondé de son dessein, il s'est attaché, avec son collègue Christophe Guye-Vuillème, à réunir les 100000 francs nécessaires à la réalisation de ce défi (90000 francs ont pu être récoltés auprès d'entreprises, fondations, clubs, collectivités publiques et le reste est le fruit du bénéfice d'un concert et de ventes d'objets divers réalisés par les apprentis).

Se débrouiller avec peu de choses
Plombé par un retard, le voyage a duré environ 24 heures, dont huit dans un bus local. «Les femmes du village nous ont attendus toute la nuit pour nous servir un repas. Quel accueil magnifique!», dit Sébastien. «Et puis le lendemain, tout le village nous a fait une fête avec des chants, des danses et des rites incroyables. On était d'entrée plongés dans un autre monde.»
Mais il a rapidement fallu se mettre au travail. Ce marché couvert de 50 mètres sur 11 était déjà doté de fondations et de piliers érigés par les ouvriers locaux. «Nous avions donc deux semaines pour réaliser les murs en briques, la charpente et la toiture. C'était pas évident mais on a réussi. C'est bien sûr parce qu'on s'est donné à fond, huit heures par jour au moins, mais aussi parce qu'on était une équipe supersoudée» commente Kodzo, apprenti maçon. Son collègue Jérémie précise: «Il faut dire aussi que le boulot était super bien préparé, bien organisé.»
Les apprentis maçons, menuisiers, peintres en bâtiment ont travaillé en tandem avec des jeunes ouvriers camerounais. «Il a donc fallu que chacun s'adapte à l'autre», explique Sébastien. «Ces ouvriers savent super bien travailler. C'est clair, ils n'ont pas le même souci du détail que nous et ils prennent le temps de faire les choses. Ce qui m'a impressionné, c'est qu'ils récupèrent tout. Nous, quand un peu de mortier tombe au pied du mur, on le laisse mais eux, ils le ramassent. Tout a de la valeur. Et c'est sûrement pour ça qu'ils trouvaient qu'on mettait trop de vis dans la charpente. Ces ouvriers, pour la plupart, ne sont pas spécialisés car pour survivre ils doivent aussi travailler aux champs et faire des petits travaux. Ils sont ingénieux et savent se débrouiller avec peu de chose.»

Unia applaudit
Face à deux conceptions différentes du travail, les apprentis neuchâtelois et les ouvriers autochtones ont dû apprendre à faire des concessions, à trouver des compromis. «C'était aussi une école de vie, de la solidarité, de la tolérance», constate l'enseignant Christophe Guye-Vuillème. Et de l'amitié aussi: nombreux sont les apprentis suisses et leurs partenaires camerounais qui sont devenus des copains qui continuent à s'écrire ou à communiquer par SMS. «On a travaillé ensemble, on s'est donné des coups de main, on a échangé des idées au petit bar en terre battue, on a rigolé et on a même fait du foot; ça ne s'oublie pas. Et puis, on a été reçu avec une générosité incroyable. Tout cela, ça ne s'oublie pas», dit Sébastien.
Yvan Loichot, secrétaire au syndicat Unia Région Neuchâtel applaudit cette initiative. «En tant qu'ébéniste, j'ai moi-même été trois mois sur un chantier d'entraide au Tchad, il y a une quinzaine d'années. Ce type d'expérience est extrêmement enrichissant sur le plan professionnel et humain. Il faudrait que tous les apprentis puissent vivre cela. Avec le syndicaliste Achille Renaud, nous avions d'ailleurs organisé des camps d'apprentis au Burkina-Faso avec l'organisation humanitaire Nouvelle Planète. L'équipe de CPMB a fait un magnifique travail. Voilà une manière vraiment excellente de revaloriser les métiers du bâtiment.»

Pierre Noverraz

 

Edition n° 14/15 du 4 avril 2007

 
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