Tout va très bien, Madame la Marquise !
Une étude européenne place les salariés en Suisse dans le peloton de tête des satisfaits au travail

Comme il n'est pas certain que la Suisse réalise pareil exploit à l'Euro 2008, profitons-en! Selon une étude menée dans toute l'Europe sur les conditions de travail, notre pays obtient la médaille en chocolat de l'Eurovision du boulot!  

Depuis 1990, tous les cinq ans, la Fondation européenne pour l'amélioration des conditions de travail et de vie publie une enquête. La Suisse y a participé pour la première fois en 2005. Le sondage donne ainsi une vue d'ensemble du travail dans 31 pays, 30000 salariés ou indépendants y ont participé. L'enquête couvre différents thèmes: la santé, l'organisation du travail, les horaires, la conciliation de l'activité professionnelle et de la vie familiale, la formation continue. Autant le dire tout de suite: pour un syndicaliste habitué à récolter les plaintes des travailleuses et des travailleurs, à s'apercevoir tous les jours de l'intensification des cadences, des pressions, à côtoyer la précarité, le résultat du sondage mené en Suisse est étonnant. Ainsi, vous seriez neuf sur dix à être satisfaits ou très satisfaits de vos conditions de travail, le taux n'est «que» de 82% en moyenne européenne. Seuls les Norvégiens, les Danois et les Britanniques seraient plus heureux que vous.
 
L'explication: le marché du travail
Mais pour Doris Bianchi, la médaille en chocolat récoltée par la Suisse reflète d'abord la situation de l'emploi: «De bonnes conditions de travail et le plein-emploi ne sont pas contradictoires, mais se conditionnent mutuellement. Il n'est dès lors pas surprenant que les pays affichant une situation de l'emploi convenable figurent en bonne place dans l'enquête européenne.» Autrement dit, si les salariés et les indépendants en Suisse sont plus satisfaits que les autres, c'est avant tout parce qu'ils ont un travail. Un travail qui, en comparaison européenne, n'a pas encore été trop précarisé par la concurrence entre chômeurs et actifs. Ainsi quand les Suisses disent être très écoutés par leur employeur, disposer d'une grande liberté au sein de leur entreprise ou quand ils estiment que leurs compétences et leurs qualifications sont bien reconnues, alors même que les droits de participation en Suisse sont très limités, ils le doivent avant tout au fait que leur patron ne peut pas, aussi facilement qu'ailleurs, les remplacer par des demandeurs d'emploi. La structure de l'économie influence aussi les résultats. Peu industrialisée, la Suisse compte par contre beaucoup d'emplois dans le tertiaire, dans la finance en particulier, secteur, dans toute l'Europe, où les employés se disent plus que les autres bien formés et très impliqués dans les décisions prises par leur société.

Santé
La satisfaction affichée en Suisse n'est toutefois pas sans bémols. Ainsi, davantage que les Allemands et les Scandinaves, 31% des personnes interrogées en Suisse affirment que le travail porte atteinte à leur santé. Les maux de dos, le stress et les douleurs musculaires arrivent en tête des problèmes cités. Sans surprise, c'est dans la sylviculture, dans l'industrie et la construction que les actifs sont les plus nombreux à rencontrer des problèmes de santé.
 
Discriminations
Les discriminations liées à l'âge sont plus fréquentes aussi dans notre pays (4%) que chez nos voisins (Allemagne, Italie: 3%, France 2%). La Suisse, dans ce domaine, se situe dans le dernier tiers du classement. Les femmes, les jeunes et les plus de 55 ans sont les trois catégories à ressentir le plus fortement cette discrimination. L'enquête vérifie aussi que les femmes sont peu présentes dans les positions dirigeantes. Seuls 20% des sondés répondent que leur chef est une cheffe. Ce résultat aussi est inférieur à la moyenne européenne (24%). En France, en Lituanie et en Estonie, ce pourcentage atteint 37%. Pour Doris Bianchi, ce résultat médiocre s'explique par le fait que la Suisse a misé sur le temps partiel pour les femmes et sur une mauvaise compatibilité entre vie professionnelle et vie familiale: «Tant que la garde des enfants sera considérée comme une affaire privée et que les femmes devront recourir à une calculette pour savoir à quel taux partiel travailler pour que les frais de garde restent supportables, rien ne changera.»

Formation
Dans les douze derniers mois précédant l'enquête, 45% des actifs avaient participé à un cours de formation continue payé par l'employeur. Seuls les Finlandais et les Suédois avaient fait mieux. Mais le sondage montre de grandes disparités. Ainsi, les cadres, les techniciens, les scientifiques bénéficient bien davantage de cette opportunité que les employés de commerce (26%), les travailleurs de l'industrie des machines (40%), les auxiliaires (7%). Par ailleurs, les travailleurs à temps partiel ne bénéficient pas systématiquement de la même formation continue que celles et ceux qui travaillent à plein temps.

Equilibre vie-travail    
88% des personnes interrogées sont d'avis que les horaires de travail permettent de concilier leur vie professionnelle et privée. Un résultat bien meilleur qu'en Italie, par exemple, même si les principaux concernés, les 25-39 ans, se montrent moins enthousiastes que leurs collègues plus jeunes ou plus âgés. Comme il serait évidemment faux de prétendre que ce résultat provient du peu de temps que les salariés en Suisse passeraient au travail, il faut sans doute aller chercher la réponse dans le très fort taux de travail à temps partiel, choisi ou imposé, qui caractérise notre pays. Un temps partiel chez les femmes qui bien évidemment aide les familles à s'organiser.

Serge Baehler
 

 

Edition n° 16 du 18 avril 2007

 
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