Le plan social doit être discuté, maintenant !
Les employés de Schoeller Arca Systems à Romont obtiennent un premier succès après leur débrayage de lundi

Débrayage d'avertissement lundi matin sur le site de Schoeller Arca Systems à Romont, où les 42 salariés vont perdre leur emploi après la vente de leur usine, prévue fin mai. Après leur matinée de lutte, ils ont obtenu, enfin, une première discussion avec la direction sur leur plan social. Elle devait avoir lieu ce mercredi 9 mai.

«Nous ne sommes pas des balles de ping-pong, nous voulons des négociations!» Romont, lundi matin, 7h: les employés de l'entreprise Schoeller Arca Systems débrayent. Les machines sont stoppées. Un débrayage d'avertissement pour exiger que la direction du groupe accepte enfin de négocier un plan social pour leur avenir. Car l'entreprise, qui fabrique des seaux résistants aux produits corrosifs, un produit de niche développé à Romont, va être vendue prochainement. Et la production sera, faute de revirement de dernière minute, délocalisée en Hollande, où l'acheteur potentiel possède les moyens de l'intégrer à son site actuel. Mais la direction du groupe Schoeller Arca Systems, lui aussi basé en Hollande, a refusé jusque-là d'entamer la moindre négociation sur un plan social.
«Les salariés veulent être au clair sur leur situation financière, avant qu'on ne leur dise qu'il n'y a plus d'argent. Ils ne veulent pas être ballottés entre le repreneur et le vendeur», note Armand Jaquier, secrétaire régional d'Unia Fribourg. Cela d'autant plus que la direction prétend qu'un tel plan serait présenté, mais uniquement une fois la vente conclue, en principe fin mai.

Un plan social conséquent!
Depuis début avril, la commission d'entreprise et le syndicat Unia ont adressé plusieurs lettres à la direction pour demander l'ouverture de négociations sur le plan social. A chaque fois, la réponse a été évasive et aucune date de rencontre ni aucun montant n'ont été communiqués. Dans leur dernier courrier du 27 avril, les travailleurs ont chiffré à 3,5 millions le volume de leur plan social. Et demandaient de pouvoir rencontrer les membres de la direction du groupe qui devaient être présents sur le site de Romont ce début de semaine. Un ultimatum avait été fixé au 2 mai. Nouvelle réponse évasive. Les employés, réunis en assemblée générale le lendemain, décidaient alors de cette grève d'avertissement.

Rendez-vous fixé
Un débrayage d'une matinée qui a porté ses fruits, malgré la tentative d'intimidation de la direction qui avait affiché, vendredi soir dans l'usine, une lettre à l'intention du syndicat et du personnel, menaçant de ne pas payer le salaire pour la durée de la grève et s'arrogeant le droit de résilier le contrat de travail pour fait de grève... Lundi en début d'après-midi, la direction acceptait une rencontre ce mercredi 9 mai avec le syndicat et la commission d'entreprise, en présence du directeur du site et du directeur de la division France du groupe Schoeller Arca Systems, dont fait partie le site de Romont.
«Il semble qu'ils ont compris le message», relevait lundi Armand Jaquier, sans pouvoir toutefois préjuger du contenu réel des discussions. Mais c'est un premier succès obtenu par des employés décidés à obtenir un brin de reconnaissance pour leur travail.

Soutiens nombreux
Ce lundi matin, de nombreuses personnes étaient venues apporter leur soutien aux grévistes. Fabienne Blanc-Kühn, responsable de l'industrie pour Unia, un secrétaire syndical du SEV venu en voisin puisqu'il préside le PS de la Glâne, une députée socialiste, le responsable de l'industrie d'Unia Vaud, mais aussi des habitants de l'immeuble voisin, venus tout simplement féliciter les employés pour leur lutte, d'autant que l'année dernière 22 personnes avaient déjà perdu leur emploi chez Schoeller!

Sylviane Herranz



Déterminés et sereins

En colère face au pillage de leurs compétences, les employés de Schoeller Arca Systems ont mandaté le syndicat Unia pour les représenter. Questions à Armand Jaquier, secrétaire régional d'Unia Fribourg, juste après le débrayage.

Comment s'est déroulée cette matinée de débrayage?
Bien sûr, c'était un peu tendu, mais je retiendrai que les employés étaient déterminés et sereins. Ils ont fait les choses calmement, sans craintes, même s'il y a toujours des inquiétudes face à l'avenir. Les gens ici sont plutôt réservés. Mais quand ils ont décidé de faire quelque chose, ils le font.
Nous sommes convaincus que ce débrayage d'avertissement va faire prendre conscience à la direction du groupe, en Hollande, qu'ils devront mettre la main à la poche. Les travailleurs ne veulent pas brader leur savoir-faire et veulent une reconnaissance.

Le directeur du site a attaqué fortement en affichant, vendredi, une lettre indiquant que la grève était illicite, que les salariés ne seraient pas payés, qu'en Suisse le droit de grève est soumis à des conditions très strictes qui, si elles ne sont pas respectées, donnent droit à l'employeur de résilier le contrat de travail... Qu'en pensez-vous?
L'entreprise n'a elle-même pas répondu à ses obligations. Elle n'a pas fait son travail d'information correctement. Lorsque, début avril, elle a annoncé la vente au personnel, elle n'a pas dit que l'usine fermerait et que la production serait délocalisée en Hollande. Les repreneurs n'auront besoin que du savoir-faire et de la technologie qui se trouve ici.
Il est clair que la lettre de la direction est très violente et qu'elle visait à faire peur aux gens, mais la réponse a été donnée par la mobilisation des travailleurs ce matin. Pratiquement tous les employés étaient présents, même ceux qui travaillent la nuit.

Propos recueillis par SH




 

Edition n° 19 du 9 mai 2007

 
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